dimanche 5 avril 2009

Sexe et sensualité dans le monde antique

Pendant que la Suède légalisait le mariage homosexuel, et que la Cour Suprême de l'Iowa prenait, à l'unanimité, la décision d'autoriser les mariages entre individus de même sexe, j'étais plongé dans Sex and Sensuality in the Ancient World (Giulia Sissa, translated by George Staunton, Yale University Press, 2008, 224p).

Giula Sissa est professeur de littérature grecque et latine et de sciences politiques à UCLA. Comme l'indique son profil sur le site de l'université, elle est "l'auteur de nombreux ouvrages et d'articles sur l'histoire, l'anthropologie et la philosophie dans le monde antique. Ses domaines d'intérêt sont toujours corrélés à des problématiques contemporaines majeures: le féminisme, la sexualité, la drogue, la démocratie, la pensée utopique, et l'émotions politique."

Sex and Sensuality est sorti en Italie en 2003. Une traduction française doit être publiée chez Odile Jacob. Il n'est pas toujours aisé de suivre le raisonnement de Giulia Sissa qui privilégie un style virtuose qui manque parfois de clarté. Pour elle, le plaisir et le désir entre l'homme et la femme sont au cœur des préoccupations du monde antique ("La distinctions des sexes et leur union étaient au centre de la réflexion antique sur la sexualité"). La sensualité, "ce mouvement des corps l'un vers l'autre, à la poursuite du plaisir," "ce désir traînant, persistant, sans fin," est le "désir d'être désiré, la recherche d'une réciprocité."

En admettant cela, nous évitons les nombreux dilemnes qui se présentent aux historiens de la sexualité.
Tout d'abord, l'opposition entre passif et actif est abolie: la distinction entre celui qui cherche à posséder et celui qui est possédé s'estompe. D'après la dialectique de la sensualité, nous aspirons à être un objet de désir pour l'autre, et, en cas de succès, nous désirons l'autre en retour. C'est le jeu de la chărízeĩn, ou gratification, autour duquel s'est focalisé le débat platonicien sur l'amour: le moment magique de la séduction survient lorsque l'on parvient à susciter l'intérêt érotique de l'autre.
Ensuite, la dichotomie entre homosexualité et hétérosexualité perd de son acuité: la sensualité est du domaine du féminin, quelque soit le sexe de celui qui en fait l'expérience. Ce sont un garçon ou un cinède qui décochent les flèches parce qu'ils ont des corps féminins. C'est la femme qui domine la scène de l'amour parce qu'elle est en est l'archétype, et parce que, comme dit Ovide, elle est douée d'un érotisme supérieure.

L'attitude des Grecs face aux relations sexuelles entre hommes et adolescents est interprétée principalement au travers du discours d'Eschine, Contre Timarque et du Banquet de Platon. "Cette attitude varie," prétend Giulia Sissa, "suivant le milieu social, et change radicalement entre le monde raréfié et de l'aristocratie éclairée et celui des Athéniens ordinaires." L'importance de 'l'homosexualité' a été exagérée. À cet égard, le tableau de Jean-Baptiste Regnault choisi pour illustrer la jaquette de couverture, Socrate arrachant Alcibiade des bras de la Volupté (1791), est étonnant...

Cela fait-il du monde antique un monde plus proche de nous?

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Si vous hésitez encore entre lire ou ne pas lire Les Bienveillantes, qui vient d'être traduit en anglais par Charlotte Mandell (The Kindly Ones, Jonathan Littell, Harper, 2009, 992p), plongez-vous dans la critique de Daniel Mendelsohn pour la New York Review of Books, Transgression. C'est de loin la meilleure critique que j'ai lue. Le monde l'a même qualifiée de la plus magistrale... (Les Bienveillantes malmenées: les critiques cherchent à comprendre pourquoi le livre a eu un tel accueil en France).

05.04.2009