dimanche 22 mars 2009

John Cheever

David Mixner a publié vendredi une émouvante nécrologie de l'actrice britannique Natasha Richardson, après sa mort accidentelle, rappelant son militantisme dans la lutte contre le SIDA. Son père, le réalisateur Tony Richardson, qui avait obtenu plusieurs oscars pour son film Tom Jones, succomba à la maladie (In Memoriam: Natasha Richardson). Sa mort a été un choc dans la région de New York où elle habitait.

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Une nouvelle et copieuse biographie du grand écrivain américain John Cheever (1912-1982) vient d'être publiée (Cheever: A Life, Blake Bailey, Knopf, 2009, 784p). Plusieurs critiques, dans l'ensemble bienveillantes, ont paru (Basically Decent, de John Updike, lui même mort en janvier, dans le New Yorker; Suburban Suffering, de Geoffrey Wolf dans le New York Times). Jonathan Yardley écrit dans le Washington Post (Good Writer, Bad Man):
Blake Bailey connait les oeuvres de Cheever. Il en parle avec talent, mais il est fort à parier que les lecteurs seront attirés, moins par ce que sa biographie nous dit de l'auteur, que par les révélations, fort indiscrètes, sur l'homme. Blake Bailey semble avoir voulu illustrer la thèse que l'art transcende et rachète une vie médiocre, mais le résultat est une biographie qui flirte en permanence avec le sensationnalisme et le voyeurisme.
(...) Cheever eut conscience de sa bisexualité tôt dans la vie. Il conserva une façade hétérosexuelle pendant la plus grande partie de sa vie adulte. En vieillissant, alors que l'attitude de la société vis-à-vis de la sexualité devenait plus permissive, ses tendances homosexuelles se firent plus pressantes. Le compositeur Ned Rorem, avec qui il eut plusieurs relations occasionnelles, déclara que Cheever 'était obsédé par l'homosexualité comme s'il voulait rattraper le temps perdu.' La vérité, sans doute, est qu'il était tellement frustré, aussi bien sur le plan physique que sentimental, qu'il était prêt à profiter du moindre réconfort qui se présentait.
(...) Il ne fait guère de doute que la promiscuité sexuelle et l'alcoolisme de Cheever éclairent notre compréhension de l'individu, et peut-être de l'auteur. Mais fournir un éclairage sur ces aspects est une chose. Décrire à satiété leurs manifestations quotidiennes en est une autre. Cheever nous intéresse, non pour ce qu'il fut, mais pour ce qu'il écrivit. Le déclin de son talent alors qu'il sombrait de plus en plus dans la boisson n'est pas une coïncidence. Aborder son alcoolisme est légitime. L'homosexualité est un des thèmes de son roman 'Falconer' (1977), il est donc à propos de discuter de sa sexualité. Bailey a eu accès à l'ensemble des archives de l'auteur, grâce à l'attitude bienveillante de la famille. Il a interviewé une foultitude de personnes. Il n'a pu s'empêcher d'inclure le moindre détail, aussi trivial ou sordide soit-il, dans sa biographie.
Les oeuvres de Cheever viennent également d'être publiées en deux volumes, éditées par Blake Bailey, dans la collection The Library of America.

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Les oeuvres sélectionnées pour les prix litéraires LGBT Lamda 2009 (Lamda Literary Awards) ont été annoncées dimanche dernier. 105 finalistes, représentant 72 maisons d'édition, sont en course dans 22 catégories. La sélection est essentiellement américaine. Les lauréats seront annoncés au cours d'une cérémonie de gala le jeudi 28 mai à New York.

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À ce propos, Book Buzz est le nouveau blog mensuel de John Morgan Wilson, le créateur de Benjamin Justice, le héro d'une série policière. Il publie des nouvelles sur la communauté d'écrivains et d'éditeurs LGBT. Le blog est hébergé par la Lamda Literary Foundation. Je le recommande chaudement, bien qu'il soit essentiellement consacré au marché américain.

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La semaine prochaine je reviendrai sur la dernière édition des Oeuvres complètes de Rimbaud dans La Pléiade.

22.03.2009