dimanche 27 juillet 2008

L'ennuyeuse histoire d'un mariage

Non, je ne vais pas vous parler de l'explosion de mariages gais qui a eu lieu en Californie cet été, même si l'histoire dont il s'agit se passe aussi en Californie...

The Story of a Marriage (Andrew Sean Greer, New York: Farrar, Straus and Giroux, 2008, 208 pp.) est malheureusement un roman plat. Son précédent livre, The Confessions of Max Tivoli, publié il y a quatre ans, a été un bestseller et a été traduit en français aux éditions de L'Olivier. Ici, l'histoire est racontée par la voix d'une femme, Pearlie Cook, qui se souvient de sa jeunesse à la fin de sa vie: comment, pendant quelques mois au début des années cinquante, sa vie vacilla lorsqu'un inconnu, affirmant être un ami de son mari, frappa à sa porte. La première phrase du livre est pourtant prometteuse: "Nous pensons connaître les êtres que nous aimons."

L'histoire, dont le cadre est essentiellement San Francisco, à une époque riche en mutations: le procès et l'exécution du couple Rosenberg, les auditions du sénateur McCarthy, la fin de la guerre de Corée, les premiers succès des mouvements de déségrégation... n'est simplement pas crédible et fait penser à une construction artificielle. Les rebondissements et les révélations foisonnent, sans convaincre, ni, finalement, surprendre... C'est dommage. Le texte est travaillé, mais là encore, ne colle pas vraiment à ce qu'on attendrait de la narratrice...

Dans sa critique dithyrambique dans le FT au début du mois, Married to a stranger, Melissa McClements nous rappelle que lorsque paru The Confessions of Max Tivoli en 2004, John Updike, écrivant dans le New Yorker, compara Andrew Greer à Proust et à Nabokov... Le New York Times a également fait l'éloge de The Story dans des critiques en avril (Amid Social Shifts, a Wife of the '50s Tries to Piece Together Her Shattered World) et en mai (The Fog of Love)... Cela ne m'empêche pas d'avoir trouvé le livre ennuyeux...

27.07.2008

dimanche 20 juillet 2008

Marc Aurèle amoureux

Si je n'ai pas publié de chronique la semaine dernière, c'est - dois-je l'avouer? - parce que j'ai commis l'erreur de proposer aux filles de les emmener à Disney World. Ce n'est pas le séjour lui même qui m'a empêché de rédiger un texte: nous n'y avons été que de mardi dernier à vendredi. Non, c'est la perspective seulement qui m'a épuisé... Quand je dis seulement, c'est d'ailleurs une imprécision car le séjour lui même a failli me tuer... Mais, bon, les filles ont apprécié, elles, et c'était finalement l'objectif...

Pourtant je voulais vous parler d'un petit livre étonnant, l'un des livres que j'ai emporté cet été et que j'ai lu pendant le trajet de New York à Miami: Marcus Aurelius in Love: The Letters of Marcus and Fronto (Edition, traduction, introduction et commentaire d'Amy Richlin, University of Chicago Press, 2007, 167 pp.).

Il s'agit d'une nouvelle traduction de lettres échangées entre le célèbre orateur romain du deuxième siècle de notre ère, Fronton, et Marc Aurèle, l'auteur, plus tard dans sa vie, des Pensées. Les lettres qui figurent dans le bref recueil datent d'une époque antérieure lorsque le futur empereur était encore un jeune homme et Fronton son professeur de rhétorique: 45 lettres datant de 139 à 148 après J.C., plus de la moitié de Marc Aurèle. Ce dernier était âgé de 18 ans au début de la correspondance, lorsque Fronton, à 39 ans, fut nommé son professeur.

La correspondance de Fronton, ou ce qu'il en reste, fut découverte en Italie au début du XIXe siècle. La première traduction française fut publiée en 1830, tandis que la première en anglais, celle, toujours disponible, de C.R. Haines dans la collection Loeb Classical Library, dût attendre 1919-20. Les spécialistes en lettres latines furent déçus par cette decouverte, après l'avoir tant attendue: "Elle ne répondait pas à l'attente du public de l'époque et la réputation de Fronton tomba si bas pendant les deux siècles suivants que peu d'érudits s'y intéressèrent," souligne Amy Richlin dans son introduction.

Amy Richlin, qui est un professeur respecté d'antiquités grecques et latines à l'Université de Californie, découvrit ces lettres alors qu'elle faisait des recherches pour un ouvrage sur Fronton. Elle décida de les publier séparemment dans une nouvelle traduction, 'moderne', afin de les rendre plus accessibles à un public contemporain. Sa nouvelle traduction, ainsi que les notes, sont une réussite, même si elle fait parfois preuve d'audace (comme par exemple lorsqu'elle traduit pulpamentum, 'petits morceaux de viande servant de casse-croûte' par 'hot dog'...) Et sa décision de traduire en français les passages en grec m'a surpris. L'introduction, par une spécialiste de la sexualité grecque et latine, est excellente.

"La correspondance entre Marc Aurèle et Fronton révèle ce qui ressemble fort à relation amoureuse." Étaient-ils amoureux? Étaient-ils amants? Comment ces lettres ont-elles pu être ignorées au XIXe et au XXe siècles, "alors que tant d'autres choses furent remarquées?" Amy Richlin fournit des réponses intéressantes à ces questions.

Lisez les lettres pour vous faire votre propre opinion. Peut-être vous faudra-t-il les lire plusieurs fois... J'aurais aimé pour ma part consulter le commentaire en anglais de la correspondance de Fronton publiée en 1999 par Michael van den Hout, ainsi que les notes et l'introduction de la nouvelle édition bilingue publiée par Pascale Fleury et Ségolène Demougin en 2003 (Paris, Les Belles Lettres, collection Fragments), pour avoir un autre point de vue. Mais ici, à la pointe sud de la Floride, les livres servent surtout à empêcher les serviettes de plage de s'envoler...

20.07.2008

dimanche 6 juillet 2008

Charlie Crist et l'Arc-en-ciel de l'Évolution

Instantanés des derniers jours de juin: le gouverneur de New York, David Paterson, a pris part à la marche de la Gay Pride de la ville. En Malaisie, le leader de l'opposition, Anwar Ibrahim, a été accusé par l'un de ses collaborateurs d'avoir pris part à des actes homosexuels, qui sont punissables dans ce pays par une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 20 ans.

Je pensais que le gouverneur de Floride, Charlie Crist, était ironique la semaine dernière lorsqu'il terminait son interview dans le New York Times Magazine avec Deborah Solomon par ces mots: "Restez branchée" après avoir été questionné sur les difficultés qu'il avait à trouver une femme en Floride... (voir chronique précédente) Jeudi il annonçait qu'il venait de demander en mariage une jeune femme de 38 ans, originaire de New York, divorcée, mère de deux jeunes enfants. Le mariage est prévu pour bientôt. Le père des enfants a dû être ravi d'apprendre que le gouverneur était enthousiaste à l'idée de contribuer à leur éducation... Le père du gouverneur a fait cette déclaration époustouflante à une journaliste du Miami Herald: "Je n'ai pas vu Charlie prendre avec autant de sérieux une liaison avec une jeune femme, depuis longtemps." Nous voilà rassurés.

Je pensais également que les hipocampes étaient une espèce hermaphrodite. C'est la raison pour laquelle - explique-t-il dans son livre Art and Sex in Greewich Village (Caroll & Graf, 2007) - Felice Picano avait baptisé sa maison d'édition gaie SeaHorse Press. Mais non, ce n'est pas le cas. C'est l'une des choses que j'ai apprises dans Evolution's Rainbow: Diversity, Gender, and Sexuality in Nature and People (Joan Roughgarden, Berkeley, University of California Press, 2004, 474 pp.). J'ai acheté le livre il y a quelques années, à sa parution, après avoir lu une interview de l'auteur, professeur de biologie à l'Université de Stanford et transexuelle. Je l'avais laissé à Miami sans l'avoir lu. C'est un livre très stimulant intellectuellement. Il a un peu chamboulé mes projets de lectures estivales... Je vous le recommande chaudement, même s'il y en a à prendre et à en laisser. Les hipocampes ne sont pas hermaphrodites: les femelles déposent leurs oeufs dans une poche chez les mâles, où ils sont fécondés et portés jusqu'à leurs éclosion...

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J'ai été ravi de voir que l'un des livres que j'avais emporté avec moi pour l'été figurait dans la liste des lectures estivales suggérées par le Financial Times ce week-end: The Story of a Marriage. J'y reviendrai.

06.07.2008