dimanche 1 juin 2008

Toujours à Paris: Herbart, Mauriac

J'ai dû prolonger mon séjour à Paris de quelques jours. Je sais, l'horreur... J'ai profité de ces jours volés pour parcourir les volumes de Pierre Herbart toujours dans ma bibliothèque. Le Promeneur vient de republier En URSS: 1936 qui n'était plus disponible. Il faut le lire en même temps que La ligne de force, le livre de souvenirs plus personnels publié bien des années plus tard en 1958, dans lequel Herbart, dans son style dépouillé si magnifique, révèle les raisons qui l'ont poussé à quitter prématurément l'URSS en 1936: il était tombé amoureux d'un jeune homme, N., et craignait de le compromettre. Il avait découvert que dans la patrie du Socialisme, "les homosexuels se régénèrent en lisant Marx dans des camps de concentrations." Lucide, il avait perdu toute illusion sur le régime soviétique. Il écrit au début de En URSS: 1936: "Il est impossible désormais de défendre l'URSS sans mentir et sans savoir que l'on ment." Lorsqu'il parti il fit croire à N. qu'il reviendrait. N. lui écrivit plusieurs lettres: "Mais je ne pouvais répondre. Le moindre mot aurait pu lui coûter la liberté, et même la vie. J'avais l'impression de taper avec un bâton sur un oiseau blessé qui refusait de mourir. Enfin, ce fut le silence..." Pierre Herbart a été injustement négligé par la critique. Ses courts récits autobiographiques, au style concis, brut (L'Âge d'or, Souvenirs imaginaires et La ligne de force) font partie des grands livres du vingtième siècle. Ils mériteraient d'être traduits en anglais...

Tout oppose François Mauriac à Pierre Herbart. Jean, le second fils de François Mauriac, a été journaliste à l'AFP pendant plus de trente ans. Il suivait le général de Gaulle. La plus grande partie du livre d'entretiens qu'il a récemment publié avec l'historien Jean-Luc Barré, Le Général et le journaliste (Paris, Fayard, 2008), est consacré à ses souvenirs du grand homme d'état. Mais dans le premier chapitre ("Une jeunesse mauriacienne") le dialogue porte sur son enfance et les relations avec son père. Jean-Luc Barré, qui prépare une biographie de François Mauriac, fait remarquer que le célèbre auteur aimait à s'entourer de jeunes hommes et pose la question taboue de son éventuelle homosexualité... "François Mauriac adorait la compagnie des jeunes hommes. Homosexuel mon père? Non, certainement pas au sens où l'on entend ce terme quand on l'applique à Gide, Cocteau, Jouhandeau ou Montherlant." "François Mauriac a ressenti de l'amitié, de l'affection, de la tendresse, parfois une véritable passion. Il en souffrait.""A la vérité nous avons vécu aux côtés de François Mauriac sans avoir rien compris de lui. C'est incroyable, n'est-ce pas? Il a fallu attendre sa mort, la publication de sa correspondance, la connaissance de certains de ses textes, pour connaître la vraie nature de l'homosexualité de François Mauriac." "François Mauriac n'a pas eu à lutter contre son sexe, mais contre son coeur." "Il a cru devoir cacher ses sentiments en raison de la religion, de sa famille, de son milieu provincial borné, de sa réputation. Mais ne le regrettons pas: sans ce véritable drame intérieur, jamais François Mauriac n'aurait pu écrire l'oeuvre romanesque brûlante, trouble, haletante, tragique, qu'il a écrite." À suivre...

1.06.2008