dimanche 22 juin 2008

À voile... La Californie, James et Boys at Sea

Lundi dernier à 17h01 la légalisation du mariage homosexuel par la Cour Suprême de Californie devint effective et les premiers certificats de mariages gais et lesbiens commencèrent à être délivrées dans plusieurs comtés. Le lendemain la plupart des journaux publièrent des photos d'heureux couples convolant en justes noces. Samedi, dans les pages éditoriales très conservatrices du Wall Street journal, Jonathan Rauch, journaliste au National Journal, collaborateur de la Brookings Institution et auteur de Gay Marriage: Why It Is Good for Gays, Good for Straights, and Good for America (New York, Hotls Paperbacks, 2004, 224 pp.) Publiait un très bon papier : Gay Marriage Is Good for America... Pendant ce temps, Gore Vidal, répondait dans le New York Times Magazine à Deborah Solomon qui l'interrogeait sur le mariage gai : « Je ne sais rien sur ce sujet. Je ne me tiens pas au courant. Cela ne m'intéresse pas pour la même raison que le mariage hétérosexuel ne m'intéresse pas. »

Paul Fisher vient de publier House of Wits: An Intimate Portrait of the James Family (New York, Henry Holt and Co., 2008, 704 pp.). Henry James Sr. était un riche excentrique du New England. Ses enfants avaient souvent du mal à expliquer quelle était sa profession. « Dites que je suis un philosophe, » leur dit-il un jour. « Dites que je suis un chercheur de vérité, que je suis un amoureux de mon semblable, dites que j'écris des livres si vous préférez ;ou, bien mieux, dites simplement que je suis un Étudiant. »David Propson, dans sa critique du livre pour le Wall Street journal, ajoute : « il y a certainement de la posture dans ces déclarations d'Henry James Sr. En tant que philosophe, chercheur de vérité ou auteur il était au mieux un excentrique, au pire un raté - un intellectuel mystique sans rigueur influencé parSwedenborg. Mais en tant que père il pouvait revendiquer quelques succès. Sa femme Mary , qui avait les pieds sur terre, et lui élevèrent un grand romancier, Henry, et un grand érudit académique, William. Le journal posthume de leur soeurAlice, qui souffrit toute sa vie d'infirmités, est aujourd'hui considéré comme un chef-d'oeuvre. »

Je n'ai pas lu le livre de Paul Fisher, mais le passage suivant de la critique de David Propson ne m'y encourage pas : «T.S. Eliot a dit ces mots célèbres au sujet de Henry James: « son esprit est si parfait qu'aucune idée ne peut le choquer. » Le livre de M. Fisher est truffé d'idées - nombre d'entre elles provenant de Freud et de Foucault - dont le but est de répondre à des questions rebattues. Dont : Henry James était-il où n'était-il pas (tout à fait) gai ? M. Fisher explore plusieurs pistes avant de laisser tomber et de conclure qu'hétérosexualité et homosexualité ne sont que « des constructions de la fin du XIXe siècle, une dichotomie simplificatrice élaborée par des sexologues allemands et adoptée par une culture bourgeoise anglo-américaine. » Très bien. De la même façon M. Fisher suit le grand biographe de James, Leon Edel (1907-97), en saupoudrant d'homoérotisme sa description des relations entre William et James. Sheldon Novick a suggéré dans Henry James: The Young Master (1996) que la popularité de telles interprétations freudiennes au milieu du siècle passé résultait en partie de la volonté de rester vague à propos de détails délicats. Dans la période plus libre que nous connaissons - alors que la théorie littéraire elle-même dépasséFreud - on se demande que faire de réflexions sérieuses sur la signification d'un taille-crayon, offert en cadeau, ou de rêves de voiles pendantes. »

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Boys at Sea: Sodomy, Indecency, and Courts Martial in Nelson's Navy (B.R. Burg, New York, Palgrave Macmillan, 2007, 240 pp.) est un court volume qui regorge de descriptions crues. M. Burg est professeur d'histoire à l'université d'Arizona et a écrit plusieurs livres sur les marins et la sexualité à l'âge de la marine à voile. Boys at Sea est le résultat de l'examen de milliers de pages de transcriptions de cour martiales conservées dans les archives nationales de la Royal Navy à Kew, en Angleterre. Ce qui se passait sur les mers n'était pas déconnecté de ce qui prévalait à terre, nous rappelle Burg dans le premier chapitre de son livre. La sodomie fut déclarée hors-la-loi en Angleterre en 1533 sous le règne de Henry VIII. Elle fut incorporée, comme crime capital, dans les lois régissant la marine - The Articles of War, comme on les désigna par la suite - pendant la deuxième moitié du XVIIe siècle après la restauration de la monarchie en 1660. Les premiers procès décrits par Burg eurent lieu entre 1704 et 1706. À partir des années 1720 « une large et visible fraternité homoérotique masculine proliférait à Londres, les « mollies », conférant à leurs membres « une identité - un rôle particulier, et adoptant des pratiques qui les différenciaient clairement des Anglais ordinaires. » Mais la Royal Navy demeura principalement préoccupée par les actes et non par les personnalités. Burg donne une description très précise de la vie sexuelle à bord des navires de la Royal Navy à l'époque de la marine à voile jusqu'à l'aube des années victoriennes. Bien entendu son portrait est quelque peu biaisé par le fait qu'il résulte de l'étude d'actes qui furent considérés comme criminels et l'objet de procès en cour martiale. Il nous montre quelle était l'attitude et la perception de la sodomie - un crime abominable - chez les marins et comment elles évoluèrent pendant la période - peu... Le dernier cas de cour martiale pour comportements sexuels inappropriés dans laNavy eut lieu en 1838.

22.06.2008