dimanche 15 juin 2008

The Bishop's Daughter et The Fisher Boy

Ecrivain et poète, Honor Moore est la fille aînée du regretté Paul Moore qui fut, pendant plus de vingt ans, l'évêque de l'église épiscopale de New York, jusqu'à sa retraite en 1989. Dans son dernier livre, The Bishop's Daughter: A Memoir ('La fille de l'évêque: Souvenirs', New York, Norton, 2008, 352 pp.), elle explore la double vie de son père, mort en 2003, tout en essayant de se réconcilier avec sa propre sexualité. C'est un témoignage accablant qui par moment vous met mal à l'aise. Nous n'avons pas à juger. Ni la vie de l'homme d'église, ni la décision de sa fille de l'exposer. Elle nous parle de ses propres doutes quant à sa sexualité, ses allers et retours entre hommes et femmes, "la tendance à ne pas être heureuse sexuellement" qu'elle a héritée. Lorsqu'elle apprend que l'homme qu'elle a fréquenté, après plusieurs années où elle n'a eu d'aventures qu'avec des femmes, a eu des relations clandestines avec des hommes... elle "réalise que son propre développement sexuel est inextricablement lié à la vie érotique complexe de son père" et qu'il est important qu'elle comprenne. "Parce que je suis un écrivain, comprendre passe par raconter." Bien...

Dans Presence, son autobiographie, publiée 6 ans avant sa mort, Monseigneur Moore garde le silence sur ce qui était vraisemblablement au coeur de sa vie intime: son homosexualité cachée. Il eut des rencontres sexuelles avec des hommes tout au long de ses deux mariages, et maintint une relation intime avec une homme de vingt ans son cadet, Andrew Vervet, pendant de nombreuses années. Honor fit sa connaissance après la mort de son père. "Votre père ne put jamais accepter son désir pour les hommes," lui répéta-t-il . "'Même à la fin?' Je me souvins du danseur de ballet qui emménagea chez lui à la fin de sa vie, 'pour s'occuper des choses', selon les rumeurs qui arrivèrent aux oreilles de mes frères et soeurs."

Dans le dernier chapitre de son livre elle raconte son voyage à Patmos, sur les traces de son père qui se rendit en vacances dans l'île grecque l'été précédant sa mort, avec, comme elle devait l'apprendre plus tard, Andrew. Comme ils avaient raté le dernier bateau après avoir pris un avion depuis Athènes, il durent passer la nuit à Samos. "J'imagine mon père avec Andrew cette nuit à Samos, ses premières vacances avec un amant - mais ce qu'il raconta à Andrew cette nuit provenait d'une partie de sa vie qu'il ne partagea jamais avec moi. Ses désirs pour les hommes, les débuts, à St. Paul, lorsque les jeux sexuels habituels faisaient surgir des rêves érotiques avec non pas des filles mais des garçons, sa première expérience avec un homme à Paris avant la guerre, sa première histoire d'amour avec un homme, un enseignant marié du Grand Séminaire. Ses mariages et comment il ne considérait pas comme adultérins ses rapports sexuels avec des hommes. Lui et Andrew se connaissaient alors depuis plus de vingt-cinq ans et avaient discuté de nombreux sujets. Maintenant ils étaient comme hors du temps. Mon père ne s'était pas remarié, et n'était plus évêque de New York. En fait il envisageait de proposer à Andrew de vivre avec lui. Mais Andrew avait pris une importante décision, une décision qu'il partagea avec mon père. Il avait rencontré une femme et espérait l'épouser."

Lorsqu'on finit de lire The Bishop's Daughter, merveilleusement bien écrit, la tête, décidément, vous tourne un peu et l'on est secoué...

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Je trouve de plus en plus difficile de dénicher de nouveaux romans gays de qualité, quoique cela désigne... The Fisher Boy ('Le garçon pêcheur', Scottsdale, Poisoned Pen Press, 2008, 348 pp.) est un livre mystérieux. Je suis tombé dessus dans les pages de Publishers Weekly, le journal professionnel de l'édition aux Etats-unis. C'est le premier roman d'un écrivain qui est présenté de la façon suivante sur la jaquette du livre: "Stephen H. Anable est né à Boston et a étudié à Stanford et à Harvard. Ses nouvelles et ses essais ont été publiés dans des magasines et des anthologies. Dans diverses circonstances pendant sa vie il a été humoriste, journaliste, comédien, assistant social, scénariste, et responsable de la communication pour un cimetière. Il a deux fils et vit dans le Massachusetts."

Je voulais aimer The Fisher Boy, la moindre raison n'étant pas que son action se déroule à Cape Cod. Un vieux camarade de classe du narrateur est assassiné sur la plage gaie de Provincetown Herring Cove. Les Soldats Chrétiens, un groupe religieux fondamentaliste, a ouvert une antenne sur Commercial Street, la rue principale de Provincetown, afin de sauver les pêcheurs qui envahissent Cape Cod pendant l'été. Un groupe mystérieux de vagabonds blonds et déguenillés s'est installé dans les parages... Malheureusement l'intrigue devient trop compliquée... Quel dommage car le style est solide! J'ai souffert pour aller jusqu'au bout. La semaine prochaine je me remets au Cousin Pons que j'ai commencé à relire à Paris...

15.06.2008