dimanche 25 mai 2008

Un inédit de Drieu La Rochelle

De retour à Paris pour quelques jours je tombe sur un texte de Bruce Benderson dans le Têtu de mai. Il s'agit d'un commentaire sur un livre de photographies de l'artiste russe Slava Mogutin. Il décrit un New York que je ne reconnais pas: de jeunes go-go boys dans des bars interlopes qui lui rappellent le Times Square depuis longtemps disparu. C'est quelque chose que je dois explorer. Le New York noctambule dont je suis familier est plutôt bon enfant et aseptisé.

Signe des temps, le Herald Tribune vient de remplacer son problème d'échecs quotidien que je retrouvais avec plaisir tous les jours par une grille de sudoku... J'hésite à leur écrire, mais je laisse tomber.

Parmi les livres récemment publiés en France je découvre un curieux inédit de Pierre Drieu La Rochelle: Notes pour un roman sur la sexualité (Paris, Gallimard, 2008). Drieu les a rédigées en 1944 de sa propre main, au lieu de les dicter, sur un grand carnet. Le titre est trompeur: ce sont les confessions "sans concessions et sans apprêts" de ses débuts sexuels. La troisième personne qu'il utilise ne trompe personne. "L'homme couvert de femme" raconte son éducation sexuelle: son dépucelage à 17 ans avec une prostituée sans charme, sa fréquentation assidue de maisons de passe, les maladies vénériennes qu'il y contracte.
Dans une longue introduction Julien Hervier montre comment Drieu était tiraillé entre les putes, avec qui il pouvait avoir des relations sexuelles, même si celles-ci n'étaient qu'une sorte de substitut à l'onanisme, et les femmes "propres", qu'il respectait sexuellement. Une grande solitude, pathétique, se dégage de cet autoportrait, sans réelle intimité. Peut-être était-il en fin de compte un homosexuel qui s'ignorait... Il nous raconte son unique expérience avec un homme. C'était pendant la Grand Guerre, alors qu'il était dans l'armée, mû par "une curiosité plus décisive".
"Un soir, il avait fait exprès au hasard d'un cantonnement de se trouver dans le même lit que lui. L'autre, un peu surpris, s'était montré prudent et s'était lancé dans des approches oratoires. Mais lui brusquement lui avait dit: 'Ne fais pas de phrases, fait ce que tu veux.' Et puis ç'avait été la même frigidité qu'avec le peintre [devant qui il avait posé nu...]. Et pourtant il mourait du besoin de faire l'amour. Au bout d'un moment, l'autre lui avait paru ridicule et ennuyeux, même exaspérant et il l'avait repoussé avec un rire un peu brutal."
Il ajoute dans la même partie de ses confessions qu'il avait toujours eu une "coquetterie féminine" avec les homosexuels, qui le haïssaient et "voyaient en lui un récalcitrant, un faux frère." Déjà dans son adolescence Drieu avait reconnu la "tendance" qui était captive en lui: "il n'avait pas été tant celui qui désire que celui qui désire être désiré.""Tout cela s'était perdu au bout de deux ans. Mais plus tard lorsqu'il se trouve devant de vrais amateurs, il se retrouva dans la même inclination. Mais alors, elle l'effraya et il fut d'autant plus effrayé de ces hommes qu'il sentait qu'il avait du pouvoir sur eux et que quelque chose en lui était capable d'exercer ce pouvoir." Je me demande, en effet...

25.05.2008