dimanche 4 mai 2008

Pot pourri

Triste quinzaine!

Ayant peu de temps à consacrer aux livres en raison de la présence de mes filles pour les vacances de printemps j'ai décidé de lire ce que je pensais être un polar tranquille: Blind Fall de Christopher Rice (Scribner, 2008), auteur apparemment non encore traduit en français. L'histoire semblait acceptable (un ex marine essaie de renouer avec son ancien officier, qui a été grièvement blessé en essayant de le protéger lors de leur dernière mission en Irak, le retrouve assassiné, découvre son homoslu dansexualité, et se joint à son petit ami afin de résoudre le mystère), ses trois précédents livres ont figuré dans la liste de best-sellers du New York Times ... Quelle triste désillusion! Le livre est mal écrit, truffé de formules toutes faites, de poncifs et autres lieux communs, manque d'épaisseur, sans toutefois manquer de prétention. Après l'avoir fini, j'ai appris dans Wikipedia que "Christopher Rice était issu d'une famille d'auteurs. Ses parents sont Anne Rice (largement traduite, elle) et le défunt poète Stan Rice; sa tante, Alice Borchardt, est un écrivain reconnu. Il est également proche de l'auteur Clive Barker. Ses critiques ont laissé entendre que ses relations, plus que son talent, lui avaient ouvert l'accès à la publication." C'est bien possible...

Ritchie Robertson publie dans le TLS une critique très positive de la nouvelle biographie consacrée à Stefan George (Stefan George: Die Entdeckung des Charisma , ThomasKarlauf, Munich, Blessing, 2007), 'La découverte du charisme', dont les dernières lignes sont: "Cette substantielle biographie, fruit d'un travail de documentation approfondi, écrite dans un style accessible, replace George dans son contexte, l'Allemagne du début du vingtième siècle. Elle contient des portraits mémorables de ses proches, évite tout sensationnalisme, ne succombe pas à la facilité pour expliquer les problèmes que soulève sa carrière, et, surtout, fait un abondant usage de citations qui nous rappellent que le charisme de Stefan George émanait, en fin de compte, de sa poésie." Même si ma connaissance de l'allemand m'ouvrait accès à cet ouvrage, je n'arrive pas à m'y intéresser...

La semaine dernière, le New York Times, tellement décrié par les gays il n'y a pas si longtemps, publiait, en plus de sa rubrique hebdomadaire d'annonces de mariages (qui fait régulièrement place aux couples de même sexe) deux articles d'intérêt particulier pour les lecteurs GLBTQ. Dans la section Sunday Style, Tina Kelley raconte l'histoire d'un couple marié en 1980, ayant eu trois enfants, vivant dans le New Jersey. En 2005, après une intervention chirurgicale, le mari, Donald, devint Denise, mais le couple resta uni... Lorsque les parents "expliquèrent aux enfants l'intervention imminente, Jessica, alors agée de 17 ans, redouta le divorce; Scott, âgé de 14 ans, s'exclama, 'cool'; et Alyssa, 12 ans, pleura pendant des heures en disant qu'elle voulait un papa normal." Lisez l'article (Through Sickness, Health and Sex Change) si vous voulez savoir pourquoi ils n'ont pas divorcé, et en apprendre plus sur les mariages de même sexe où l'un des conjoints est un transsexuel. Dans le prestigieux Magazine du New York Times, la Une (avec une photographie en couleur d'un couple gay bcbg) était consacrée aux jeunes gays du Connecticut qui décident de se marier (Young Gay Rites by Benoit Denizet-Lewis). Rien de très excitant...

Le livre de Michael S. Sherry, Gay Artists in Modern American Culture: An Imagined Conspiracy (The University of North Carolina Press, 2007) regorge d'informations intéressantes, mais il n'est pas d'un accès facile, avec ses citations trop nombreuses qui cisaillent la lecture, et son style souventbarroque, illustré par cette phrase: "Dyspeptic explanations of queer creativity yielded little that was persuasive - no surprise, since most authors wanted less to explain than to disparage." Soit. Et alors?

Queer Lives: Men's Autobiographies from Nineteenth-Century France, édité par William A. Peniston et Nancy Erber (The University of Nebraska Press, 2007) est un recueil de courts récits autobiographiques écrits dans des circonstances diverses par des hommes attirés par les hommes, dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. L'introduction et les notes les replacent dans leur contexte. Malheureusement les traductions sont de qualité inégale. Le livre comprend trois parties. Les deux autobiographies qui constituent la première partie (Secret Confessions of a Parisian by Arthur W, "The Countess") et la troisième partie (The Novel of an Invert) sont de loin les plus intéressantes. Par coïncidence, elles furent toutes deux publiées pour la première fois la même année. Splendeurs et misères d'une courtisane mâle ou Confidences et aveux d'un Parisien fut publié par le Dr. Henri Legludic, expert près le tribunal d'Angers, dans son livre, Notes et observations de médecine légale: Attentats aux moeurs (Paris, Masson, 1896). Ce document lui avait été communiqué en 1874 par "Arthur W", un prisonnier de 34 ans détenu dans la maison d'arrêt d'Angers. L'auteur anonyme - son vrai nom était Arthur Belorget - avait été un prostitué et un travesti à Paris sous le Second Empire. Le roman d'un inverti-né est constitué d'une série de lettres adressées à Emile Zola par un jeune Italien, écrivant en français, décrivant très librement son attirance pour les hommes. Zola confia ces lettres à son ami le Dr. Georges Saint-Paul, un médecin légiste, qui les publia sous le pseudonyme de Dr. Laupts dans son livre, Perversion et perversité sexuelles (Paris, Carré, 1896). La deuxième partie de Queer Lives comprend six textes autobiographiques extraits de travaux d'éminents médecins français où ils figuraient comme cas cliniques. Ils témoignent surtout de la façon dont était perçue l'homosexualité en France à la fin du dix-neuvième siècle, au sein de la communauté médicale.

Les critiques et articles consacrés au dernier livre de souvenirs d'Augusten Burroughs (A Wolf at the Table, St. Martin's Press, 2008), y compris un entretien dans The Advocate qui le présente comme "l'un des écrivains gais ayant le plus de succès aujourd'hui", ne donnent guère envie de le lire...

J'aurais dû tout envoyer promener et faire comme David Mixner: emmener mes filles à Cape Cod voir les baleines de Provincetown (Turkey Hollow Almanach: The Whales of Provincetown).

04.05.2008