dimanche 6 avril 2008

Le paradoxe d'Easterlin; Les souvenirs de John Rechy

Depuis près de 35 ans le paradoxe d'Easterlin est généralement accepté par les économistes: après qu'un niveau (relativement modeste) soit atteint, l'accroissement de la richesse n'augmente pas le bonheur. Ce matin, encore un peu endormi, lisant le FT dans mon lit, je découvre que deux économistes réputés de Wharton, après avoir étudié les données des cinquantes dernières années dans 132 pays, viennent de conclure que le paradoxe d'Easterlin était faux! J'ai été me reservir un café. Plus un pays est riche, plus ses habitants sont heureux. C'est simple. Notre président bling-bling n'a pas besoin de chercher ailleurs. Et qu'en est-il pour les individus que nous sommes? Les résultats de l'étude seront débatus la semaine prochaine lors d'un conférence organisée par Brookings, un think-tank américain...

Admettons! Mais parfois de simples plaisirs peuvent nous apporter un certain bohneur. Un bon hot-dog par exemple!

À la veille d'une nouvelle saison de baseball, Raymond Sokolov, le critique gastronomique du
New York Times et du Wall Street Journal, a parcouru les Etats-unis à la recherche du meilleur hot-dog. Le week-end dernier le Wall Street Journal a publié son enquête. Le vainqueur est une sorte de vendeur ambulant, Speed's, dont le camion hante "un parking triangulaire au milieu d'entrepôts d'alimentation en gros à la dérive dans le quartier sans cachet de Roxbury" à Boston (New Market Square). Je ne peux m'empêcher de penser à la buvette ambulante qui vendait un merveilleux sandwich au pot-au-feu en face de l'hippodrome d'Auteuil les jours de courses. Peut-être existe-t-elle toujours? Avec un verre de côte-du-rhône, je ne peux imaginer de plus succulent casse-croûte. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos hot-dogs. New York figure aussi sur la liste de M. Sokolov (avec Chicago et Los Angeles): Share Shack (Madison Square Park au niveau de la 23e Rue, 212-889-6000) "donne aux New Yorkais gâtés une idée de ce qu'est un hot-dog digne de ce nom, dans le style de Chicago, avec toutes ses garnitures." Si vous passez par New York pour voir Andrea, dont j'ai parlé récemment dans une de ces chroniques, profitez-en pour rendre visite à Share Shack. Par un agréable après-midi de printemps, vous pourrez y trouver un peu de bonheur, pour pas cher...

***

About My Life and the Kept Woman est le recueil de souvenirs de John Rechy récemment publié aux États unis (Grove Press, 2008). Nul doute qu'il sera bientôt traduit en français. Le livre nous replonge dans les années 50 et 60. De ce point de vue, c'est un témoignage intéressant. Il n'est pas si mal écrit que ne le laisse entendre David Leavitt dans sa critique très juste, et plutôt négative, du New York Times (Hustler, 2 mars 2008).

John Rechy est né en 1934 à El Paso, au Texas, d'un père d'origine écossaise et d'une mère mexicaine. S'il a grandi dans les quartier pauvres de la ville, il était souvent pris pour un Anglo à cause de sa peau claire. Le racisme était omniprésent. Il était très proche de sa famille, surtout de sa mère et de sa soeur Olga; beaucoup moins de son père qu'il dépeint comme un être aigri et violent...

L'auto-portrait qu'il trace, est celui d'un homme très seul, narcissique, incapable d'établir la moindre relation intime. Son narcissisme est souligné par les photographies en noir et blanc qu'il a inclus dans le livre. John Rechy n'a réalisé qu'il était attiré par les hommes que tard dans sa vie, et il ne semble pas l'avoir vraiment accepté... C'est pour gérer son homosexualité qu'il devient un tapin (hustler), étant incapable d'exprimer ses sentiments, simplement d'être l'object du désir des autres. Paradoxalement, de cette expérience il tirera la matière à partir de laquelle il développera sa carrière litéraire, celle d'un écrivain gay.

About My Life and the Kept Woman raconte comment il est devenu un hustler et comment il est devenu l'auteur célèbre de Cité de la nuit publié en 1963. C'est, au fond, une histoire triste. Il nous parle de ses rencontres avec des hommes célébres (le réalisateur de Broadway Wilford Leach, Isherwood, Ginsberg, Liberace) et attentionnés, qu'il rejette. "La possibilité de vieillir ne peut même pas être acceptée, écrit David Leavitt; quand Allen Ginsberg lui demande 'Et lorsque tu vieilliras et ne seras plus en mesure d'attirer ton quota?' il répond - 'le plus sérieusement du monde' - que 'cela n'arrivera jamais'. Mais bien sûr cela ne peut qu'arriver." Ce que John Rechy n'aborde pas, même s'il a aujourd'hui plus de 70 ans...

06.04.2008