dimanche 10 août 2008

Cérémonies...

La télévision chinoise ne diffuse pas les Jeux en direct, nous dit-on. Un léger décalage permet de parer à l'éventualité d'une manifestation gênante...Une forme de censure, en quelque sorte. Les États-unis ont fait beaucoup plus fort vendredi dernier pour la cérémonie d'ouverture. NBC qui possède les droits pour le territoire américain a imposé un embargo de douze heures... Aucune image! À l'âge d'internet et des communications mondiales, les Américains qui s'étaient levés tôt pour suivre la cérémonie en direct n'ont pas été déçus! C'était comme si rien ne se passait de l'autre côté de la planète, jusqu'à ce que la cérémonie soit diffusée en différé dans la soirée... Enfin! Les Chinois nous ont bluffé! Le spectacle fut éblouissant! Le président Bush, souffrant visiblement de la chaleur, regardait frénétiquement sa montre en attendant l'apparition de la délégation US... Le président Sarkozy, accompagné de son plus jeune fils Louis, avait gardé la veste et dégoulinait de transpiration. Il se leva lorsque l'équipe française défila, en vestes grises assez tristes. George W. Bush se leva à son tour, après avoir remis sa veste, lorsque les athlètes américains firent leur entrée. Les Chinois n'eurent pas à se creuser la tête pour choisir leur porte-drapeau: ils confièrent l'étendard rouge à leur joueur de basket, incroyablement grand, Yao Ming. Pas moyen de le rater... Bien joué!

À propos de cérémonies et de compétition (j'aurais dû le mentionner il y a quelque temps déjà) la vingtième édition des Lambda Literary Awards, parfois informellement appelés les 'Lammys', a eu lieu en mai dernier, à Los Angeles. Comme son mission statement l'affirme, la Lambda Literary Foundation, créée en 1996, a pour objectifs de promouvoir et de soutenir la litérature GLBTQ dans toutes ses dimensions. Les prix annuels qu'elle décerne aux livres les plus significatifs publiés dans plus de vingt catégories sont la manifestation la plus visible de sa mission. Plus d'information sur la cérémonie proprement dite est disponible aux liens suivants: Micheal T. Luongo for Gay City News et Patricia Nell Warren. Parmi les 21 catégories représentées, Michael S. Sherry a reçu le Prix LGBT Nonfiction pour Gay Artists in Modern American Culture (University of North Carolina Press), Andre Aciman le Prix Men's Fiction pour Call Me By Your Name (Farrar Straus Giroux), tous deux mentionnés dans cette chronique. Le Prix Men's Mystery a été remis à Greg Herren pour Murder in the Rue Chartres (Alyson Books) et le Prix Men's Memoir/Biography à Mississippi Sissy de Kevin Sessums (St. Martin's Press). Pour plus d'information allez visiter www.lambdaliterary.org.

glbtq.com est un site intéressant pour qui cherche des informations sur la littérature gaie. Le site, lancé en 2003, est publié sous la responsabilité d'un comité éditorial et tous les articles sont signés. Il se définit comme l'encyclopédie de culture glbtq la plus importante et la plus complète dans le monde, et est organisé en trois sections: littérature, arts et sciences sociales. L'éditeur en chef, Claude J. Summers, Professeur Émérite en Lettres à l'Université de Michigan-Dearborn, fut un pionnier des études glbtq lorsque ces dernières émergèrent dans les milieux académiques. Je me suis rendu sur le site régulièrement ces derniers temps et ai trouvé qu'il fournissait des informations intéressantes et utiles, même si l'accent est mis sur les États-unis. On ne trouve par exemple pas d'article sur Pierre Herbart, ni sur James Kirkup, un grand poète contemporain britannique...

10.08.2008

dimanche 3 août 2008

Pistes de livres

J'ai peut-être été injustement sévère avec le livre de Paul Fisher, House of Wits: An Intimate Portrait of the James Family (Henry Holt & Company, 2008, 693 pp.). Surtout sans l'avoir lu... Charles McGrath vient d'écrire une critique plutôt favorable dans le New York Times: "Le clan James, une famille avec de nombreux bagages."

M. McGrath, un ancien rédacteur en chef du NYT Book Review, publie également cette semaine, dans ce supplément littéraire, la critique d'un livre de souvenirs de Miranda Seymour sur son père (Thrumpton Hall: A Memoir of Life in My Father's House, Harper/HarperCollins Publishers, 2008, 270 pp.). George Seymour était un excentrique anglais comme on les aime, même lorsqu'ils sont détestables... Snob, hautain, d'une famille moins aristocratique qu'il ne le souhaitait, il conçut une passion pour Thrumpton Hall, le grand manoir familial du Nottinghamshire. Après s'être marié et avoir eu des enfants qu'il terrorisait, arrivé à l'âge mûr, il se prit d'une nouvelle passion, pour les motos cette fois. Tout de cuir vêtu, il les chevauchait en compagnie de jeunes hommes de la plus humble extraction...

Joe Morris est un autre excentrique, haut en couleur, mais d'outre-atlantique, lui. À plus de quatre vingts ans, après le décès de sa femme, il se met à sortir à nouveau afin de rencontrer des femmes, sous l'oeil ahuri de son fils appelé à donner ses conseils... Ce dernier, qui se débattait dans ses propres problèmes de célibataire d'âge mûr, bedonnant, dans le milieu gai de New York obsédé par la jeunesse, vient de publier des souvenirs sur cette expérience extraordinaire (Assisted Loving: True Tales of Double Dating With My Dad, Harper/HarperCollins Publishers, 2008, 288 pp.). Son livre fait l'objet d'une critique dans le même Book Review.

03.08.2008

dimanche 27 juillet 2008

L'ennuyeuse histoire d'un mariage

Non, je ne vais pas vous parler de l'explosion de mariages gais qui a eu lieu en Californie cet été, même si l'histoire dont il s'agit se passe aussi en Californie...

The Story of a Marriage (Andrew Sean Greer, New York: Farrar, Straus and Giroux, 2008, 208 pp.) est malheureusement un roman plat. Son précédent livre, The Confessions of Max Tivoli, publié il y a quatre ans, a été un bestseller et a été traduit en français aux éditions de L'Olivier. Ici, l'histoire est racontée par la voix d'une femme, Pearlie Cook, qui se souvient de sa jeunesse à la fin de sa vie: comment, pendant quelques mois au début des années cinquante, sa vie vacilla lorsqu'un inconnu, affirmant être un ami de son mari, frappa à sa porte. La première phrase du livre est pourtant prometteuse: "Nous pensons connaître les êtres que nous aimons."

L'histoire, dont le cadre est essentiellement San Francisco, à une époque riche en mutations: le procès et l'exécution du couple Rosenberg, les auditions du sénateur McCarthy, la fin de la guerre de Corée, les premiers succès des mouvements de déségrégation... n'est simplement pas crédible et fait penser à une construction artificielle. Les rebondissements et les révélations foisonnent, sans convaincre, ni, finalement, surprendre... C'est dommage. Le texte est travaillé, mais là encore, ne colle pas vraiment à ce qu'on attendrait de la narratrice...

Dans sa critique dithyrambique dans le FT au début du mois, Married to a stranger, Melissa McClements nous rappelle que lorsque paru The Confessions of Max Tivoli en 2004, John Updike, écrivant dans le New Yorker, compara Andrew Greer à Proust et à Nabokov... Le New York Times a également fait l'éloge de The Story dans des critiques en avril (Amid Social Shifts, a Wife of the '50s Tries to Piece Together Her Shattered World) et en mai (The Fog of Love)... Cela ne m'empêche pas d'avoir trouvé le livre ennuyeux...

27.07.2008

dimanche 20 juillet 2008

Marc Aurèle amoureux

Si je n'ai pas publié de chronique la semaine dernière, c'est - dois-je l'avouer? - parce que j'ai commis l'erreur de proposer aux filles de les emmener à Disney World. Ce n'est pas le séjour lui même qui m'a empêché de rédiger un texte: nous n'y avons été que de mardi dernier à vendredi. Non, c'est la perspective seulement qui m'a épuisé... Quand je dis seulement, c'est d'ailleurs une imprécision car le séjour lui même a failli me tuer... Mais, bon, les filles ont apprécié, elles, et c'était finalement l'objectif...

Pourtant je voulais vous parler d'un petit livre étonnant, l'un des livres que j'ai emporté cet été et que j'ai lu pendant le trajet de New York à Miami: Marcus Aurelius in Love: The Letters of Marcus and Fronto (Edition, traduction, introduction et commentaire d'Amy Richlin, University of Chicago Press, 2007, 167 pp.).

Il s'agit d'une nouvelle traduction de lettres échangées entre le célèbre orateur romain du deuxième siècle de notre ère, Fronton, et Marc Aurèle, l'auteur, plus tard dans sa vie, des Pensées. Les lettres qui figurent dans le bref recueil datent d'une époque antérieure lorsque le futur empereur était encore un jeune homme et Fronton son professeur de rhétorique: 45 lettres datant de 139 à 148 après J.C., plus de la moitié de Marc Aurèle. Ce dernier était âgé de 18 ans au début de la correspondance, lorsque Fronton, à 39 ans, fut nommé son professeur.

La correspondance de Fronton, ou ce qu'il en reste, fut découverte en Italie au début du XIXe siècle. La première traduction française fut publiée en 1830, tandis que la première en anglais, celle, toujours disponible, de C.R. Haines dans la collection Loeb Classical Library, dût attendre 1919-20. Les spécialistes en lettres latines furent déçus par cette decouverte, après l'avoir tant attendue: "Elle ne répondait pas à l'attente du public de l'époque et la réputation de Fronton tomba si bas pendant les deux siècles suivants que peu d'érudits s'y intéressèrent," souligne Amy Richlin dans son introduction.

Amy Richlin, qui est un professeur respecté d'antiquités grecques et latines à l'Université de Californie, découvrit ces lettres alors qu'elle faisait des recherches pour un ouvrage sur Fronton. Elle décida de les publier séparemment dans une nouvelle traduction, 'moderne', afin de les rendre plus accessibles à un public contemporain. Sa nouvelle traduction, ainsi que les notes, sont une réussite, même si elle fait parfois preuve d'audace (comme par exemple lorsqu'elle traduit pulpamentum, 'petits morceaux de viande servant de casse-croûte' par 'hot dog'...) Et sa décision de traduire en français les passages en grec m'a surpris. L'introduction, par une spécialiste de la sexualité grecque et latine, est excellente.

"La correspondance entre Marc Aurèle et Fronton révèle ce qui ressemble fort à relation amoureuse." Étaient-ils amoureux? Étaient-ils amants? Comment ces lettres ont-elles pu être ignorées au XIXe et au XXe siècles, "alors que tant d'autres choses furent remarquées?" Amy Richlin fournit des réponses intéressantes à ces questions.

Lisez les lettres pour vous faire votre propre opinion. Peut-être vous faudra-t-il les lire plusieurs fois... J'aurais aimé pour ma part consulter le commentaire en anglais de la correspondance de Fronton publiée en 1999 par Michael van den Hout, ainsi que les notes et l'introduction de la nouvelle édition bilingue publiée par Pascale Fleury et Ségolène Demougin en 2003 (Paris, Les Belles Lettres, collection Fragments), pour avoir un autre point de vue. Mais ici, à la pointe sud de la Floride, les livres servent surtout à empêcher les serviettes de plage de s'envoler...

20.07.2008

dimanche 6 juillet 2008

Charlie Crist et l'Arc-en-ciel de l'Évolution

Instantanés des derniers jours de juin: le gouverneur de New York, David Paterson, a pris part à la marche de la Gay Pride de la ville. En Malaisie, le leader de l'opposition, Anwar Ibrahim, a été accusé par l'un de ses collaborateurs d'avoir pris part à des actes homosexuels, qui sont punissables dans ce pays par une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 20 ans.

Je pensais que le gouverneur de Floride, Charlie Crist, était ironique la semaine dernière lorsqu'il terminait son interview dans le New York Times Magazine avec Deborah Solomon par ces mots: "Restez branchée" après avoir été questionné sur les difficultés qu'il avait à trouver une femme en Floride... (voir chronique précédente) Jeudi il annonçait qu'il venait de demander en mariage une jeune femme de 38 ans, originaire de New York, divorcée, mère de deux jeunes enfants. Le mariage est prévu pour bientôt. Le père des enfants a dû être ravi d'apprendre que le gouverneur était enthousiaste à l'idée de contribuer à leur éducation... Le père du gouverneur a fait cette déclaration époustouflante à une journaliste du Miami Herald: "Je n'ai pas vu Charlie prendre avec autant de sérieux une liaison avec une jeune femme, depuis longtemps." Nous voilà rassurés.

Je pensais également que les hipocampes étaient une espèce hermaphrodite. C'est la raison pour laquelle - explique-t-il dans son livre Art and Sex in Greewich Village (Caroll & Graf, 2007) - Felice Picano avait baptisé sa maison d'édition gaie SeaHorse Press. Mais non, ce n'est pas le cas. C'est l'une des choses que j'ai apprises dans Evolution's Rainbow: Diversity, Gender, and Sexuality in Nature and People (Joan Roughgarden, Berkeley, University of California Press, 2004, 474 pp.). J'ai acheté le livre il y a quelques années, à sa parution, après avoir lu une interview de l'auteur, professeur de biologie à l'Université de Stanford et transexuelle. Je l'avais laissé à Miami sans l'avoir lu. C'est un livre très stimulant intellectuellement. Il a un peu chamboulé mes projets de lectures estivales... Je vous le recommande chaudement, même s'il y en a à prendre et à en laisser. Les hipocampes ne sont pas hermaphrodites: les femelles déposent leurs oeufs dans une poche chez les mâles, où ils sont fécondés et portés jusqu'à leurs éclosion...

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J'ai été ravi de voir que l'un des livres que j'avais emporté avec moi pour l'été figurait dans la liste des lectures estivales suggérées par le Financial Times ce week-end: The Story of a Marriage. J'y reviendrai.

06.07.2008

dimanche 29 juin 2008

Vacances d'été

Ce sont les vacances d'été, et la question est toujours: quels livres emporter? J'essaye tous les ans de relire un classique. Cette année, dans le cadre de cette chronique, ce sera Le Cousin Pons. J'ai aussi décidé de prendre une nouvelle traduction de la correspondance entre Marc Aurèle et Fronton. Le recueil, publié par Amy Richlin (Marcus Aurelius in Love, The University of Chicago Press, 2006), est étonnant. J'emporte enfin un roman sentimental, The Story of a Marriage (Andrew Sean Greer, Farrar, Straus and Giroux, 2008, 208 pp.), téléchargé sur mon eReader, pour les files d'attente à Disney World...

Isherwood et son compagnon Don Bachardy sont le sujet d'un récent documentaire de Guido Santi et Tina Macara (Chris & Don: A Love Story). J'ai été le voir au Quad Cinema dans le Village, avant de quitter New York pour Miami. La petite salle m'a rappelé les cinémas d'art et d'essais de ma jeunesse à Paris... Le film est surprenant... Au début, on entend une voix off, c'est la voix d'une vieille femme... jusqu'à ce qu'on réalise qu'il s'agit en fait de la voix de Don, aujourd'hui agé de 74 ans. Malheureusement, c'est une voix désagréable, qui bien sûr est omniprésente, et que rendent encore plus désagréables les mimiques de la bouche capturées par la caméra... On est également troublé par la juxtaposition de séquences de vieux films d'amateur en 8 mm montrant successivement Chris et Don illustrant les souvenirs que ce derniers évoque à haute voix, avec des scènes jouées par des acteurs, comme le révèle le générique de fin... Isherwood change peu physiquement pendant la période que couvre le film. Il avait presque cinquante ans lorsqu'il fit la connaissance de Don. Ce dernier, de bel adolescent charmant, se transforme progressivement en vieil homme sec, cherchant à rester en forme grâce à des exercices régulier dans un club de gym... C'est triste... Mais malgré tout un document. De courtes séquences montrent Auden, Stravinsky, Burt Lancaster, Tennessee Williams, parmi d'autres. Comme l'écrit justement Stephen Holden dans sa critique pour le New York Times, "c'est l'une des typiques histoires vraies de mariage gai préhistorique, réussi malgré le climat hostile."

Charlie Crist, le gouverneur Républicain de Floride, régulièrement mentionné comme l'un des vice-présidents possibles de John McCain, était interviewé cette semaine par Deborah Solomon dans sa page hebdomadaire du New York Time Magazine. Il a été à plusieurs reprises l'objet de rumeurs le dénonçant comme gai. Certaines questions - désagréables et agressives - de Ms Solomon au Républicain peu conventionnel qui n'est pas propriétaire de son domicile ("Je n'en ai simplement jamais ressenti le besoin") y font référence. Il y répond avec une certaine dose d'humour: "Vous avez été marié il y a une trentaine d'années, mais le mariage a duré moins d'un an. Vous préférez vivre seul? Je me suis marié, et j'ai divorcé parce que ça n'a pas marché. Depuis, je n'ai pas trouvé la personne qu'il me faut. Ce n'est pas plus compliqué. Vous ne pouvez pas trouver une femme dans toute la Floride? Peut-être ai-je trouvé. Restez branchée."

Pendant ce temps, le CDC confirmait cette semaine que les infections par le VIH et le Sida chez les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes ont augmenté de façon significative de 2001 à 2006.

29.06.2008

dimanche 22 juin 2008

À voile... La Californie, James et Boys at Sea

Lundi dernier à 17h01 la légalisation du mariage homosexuel par la Cour Suprême de Californie devint effective et les premiers certificats de mariages gais et lesbiens commencèrent à être délivrées dans plusieurs comtés. Le lendemain la plupart des journaux publièrent des photos d'heureux couples convolant en justes noces. Samedi, dans les pages éditoriales très conservatrices du Wall Street journal, Jonathan Rauch, journaliste au National Journal, collaborateur de la Brookings Institution et auteur de Gay Marriage: Why It Is Good for Gays, Good for Straights, and Good for America (New York, Hotls Paperbacks, 2004, 224 pp.) Publiait un très bon papier : Gay Marriage Is Good for America... Pendant ce temps, Gore Vidal, répondait dans le New York Times Magazine à Deborah Solomon qui l'interrogeait sur le mariage gai : « Je ne sais rien sur ce sujet. Je ne me tiens pas au courant. Cela ne m'intéresse pas pour la même raison que le mariage hétérosexuel ne m'intéresse pas. »

Paul Fisher vient de publier House of Wits: An Intimate Portrait of the James Family (New York, Henry Holt and Co., 2008, 704 pp.). Henry James Sr. était un riche excentrique du New England. Ses enfants avaient souvent du mal à expliquer quelle était sa profession. « Dites que je suis un philosophe, » leur dit-il un jour. « Dites que je suis un chercheur de vérité, que je suis un amoureux de mon semblable, dites que j'écris des livres si vous préférez ;ou, bien mieux, dites simplement que je suis un Étudiant. »David Propson, dans sa critique du livre pour le Wall Street journal, ajoute : « il y a certainement de la posture dans ces déclarations d'Henry James Sr. En tant que philosophe, chercheur de vérité ou auteur il était au mieux un excentrique, au pire un raté - un intellectuel mystique sans rigueur influencé parSwedenborg. Mais en tant que père il pouvait revendiquer quelques succès. Sa femme Mary , qui avait les pieds sur terre, et lui élevèrent un grand romancier, Henry, et un grand érudit académique, William. Le journal posthume de leur soeurAlice, qui souffrit toute sa vie d'infirmités, est aujourd'hui considéré comme un chef-d'oeuvre. »

Je n'ai pas lu le livre de Paul Fisher, mais le passage suivant de la critique de David Propson ne m'y encourage pas : «T.S. Eliot a dit ces mots célèbres au sujet de Henry James: « son esprit est si parfait qu'aucune idée ne peut le choquer. » Le livre de M. Fisher est truffé d'idées - nombre d'entre elles provenant de Freud et de Foucault - dont le but est de répondre à des questions rebattues. Dont : Henry James était-il où n'était-il pas (tout à fait) gai ? M. Fisher explore plusieurs pistes avant de laisser tomber et de conclure qu'hétérosexualité et homosexualité ne sont que « des constructions de la fin du XIXe siècle, une dichotomie simplificatrice élaborée par des sexologues allemands et adoptée par une culture bourgeoise anglo-américaine. » Très bien. De la même façon M. Fisher suit le grand biographe de James, Leon Edel (1907-97), en saupoudrant d'homoérotisme sa description des relations entre William et James. Sheldon Novick a suggéré dans Henry James: The Young Master (1996) que la popularité de telles interprétations freudiennes au milieu du siècle passé résultait en partie de la volonté de rester vague à propos de détails délicats. Dans la période plus libre que nous connaissons - alors que la théorie littéraire elle-même dépasséFreud - on se demande que faire de réflexions sérieuses sur la signification d'un taille-crayon, offert en cadeau, ou de rêves de voiles pendantes. »

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Boys at Sea: Sodomy, Indecency, and Courts Martial in Nelson's Navy (B.R. Burg, New York, Palgrave Macmillan, 2007, 240 pp.) est un court volume qui regorge de descriptions crues. M. Burg est professeur d'histoire à l'université d'Arizona et a écrit plusieurs livres sur les marins et la sexualité à l'âge de la marine à voile. Boys at Sea est le résultat de l'examen de milliers de pages de transcriptions de cour martiales conservées dans les archives nationales de la Royal Navy à Kew, en Angleterre. Ce qui se passait sur les mers n'était pas déconnecté de ce qui prévalait à terre, nous rappelle Burg dans le premier chapitre de son livre. La sodomie fut déclarée hors-la-loi en Angleterre en 1533 sous le règne de Henry VIII. Elle fut incorporée, comme crime capital, dans les lois régissant la marine - The Articles of War, comme on les désigna par la suite - pendant la deuxième moitié du XVIIe siècle après la restauration de la monarchie en 1660. Les premiers procès décrits par Burg eurent lieu entre 1704 et 1706. À partir des années 1720 « une large et visible fraternité homoérotique masculine proliférait à Londres, les « mollies », conférant à leurs membres « une identité - un rôle particulier, et adoptant des pratiques qui les différenciaient clairement des Anglais ordinaires. » Mais la Royal Navy demeura principalement préoccupée par les actes et non par les personnalités. Burg donne une description très précise de la vie sexuelle à bord des navires de la Royal Navy à l'époque de la marine à voile jusqu'à l'aube des années victoriennes. Bien entendu son portrait est quelque peu biaisé par le fait qu'il résulte de l'étude d'actes qui furent considérés comme criminels et l'objet de procès en cour martiale. Il nous montre quelle était l'attitude et la perception de la sodomie - un crime abominable - chez les marins et comment elles évoluèrent pendant la période - peu... Le dernier cas de cour martiale pour comportements sexuels inappropriés dans laNavy eut lieu en 1838.

22.06.2008

dimanche 15 juin 2008

The Bishop's Daughter et The Fisher Boy

Ecrivain et poète, Honor Moore est la fille aînée du regretté Paul Moore qui fut, pendant plus de vingt ans, l'évêque de l'église épiscopale de New York, jusqu'à sa retraite en 1989. Dans son dernier livre, The Bishop's Daughter: A Memoir ('La fille de l'évêque: Souvenirs', New York, Norton, 2008, 352 pp.), elle explore la double vie de son père, mort en 2003, tout en essayant de se réconcilier avec sa propre sexualité. C'est un témoignage accablant qui par moment vous met mal à l'aise. Nous n'avons pas à juger. Ni la vie de l'homme d'église, ni la décision de sa fille de l'exposer. Elle nous parle de ses propres doutes quant à sa sexualité, ses allers et retours entre hommes et femmes, "la tendance à ne pas être heureuse sexuellement" qu'elle a héritée. Lorsqu'elle apprend que l'homme qu'elle a fréquenté, après plusieurs années où elle n'a eu d'aventures qu'avec des femmes, a eu des relations clandestines avec des hommes... elle "réalise que son propre développement sexuel est inextricablement lié à la vie érotique complexe de son père" et qu'il est important qu'elle comprenne. "Parce que je suis un écrivain, comprendre passe par raconter." Bien...

Dans Presence, son autobiographie, publiée 6 ans avant sa mort, Monseigneur Moore garde le silence sur ce qui était vraisemblablement au coeur de sa vie intime: son homosexualité cachée. Il eut des rencontres sexuelles avec des hommes tout au long de ses deux mariages, et maintint une relation intime avec une homme de vingt ans son cadet, Andrew Vervet, pendant de nombreuses années. Honor fit sa connaissance après la mort de son père. "Votre père ne put jamais accepter son désir pour les hommes," lui répéta-t-il . "'Même à la fin?' Je me souvins du danseur de ballet qui emménagea chez lui à la fin de sa vie, 'pour s'occuper des choses', selon les rumeurs qui arrivèrent aux oreilles de mes frères et soeurs."

Dans le dernier chapitre de son livre elle raconte son voyage à Patmos, sur les traces de son père qui se rendit en vacances dans l'île grecque l'été précédant sa mort, avec, comme elle devait l'apprendre plus tard, Andrew. Comme ils avaient raté le dernier bateau après avoir pris un avion depuis Athènes, il durent passer la nuit à Samos. "J'imagine mon père avec Andrew cette nuit à Samos, ses premières vacances avec un amant - mais ce qu'il raconta à Andrew cette nuit provenait d'une partie de sa vie qu'il ne partagea jamais avec moi. Ses désirs pour les hommes, les débuts, à St. Paul, lorsque les jeux sexuels habituels faisaient surgir des rêves érotiques avec non pas des filles mais des garçons, sa première expérience avec un homme à Paris avant la guerre, sa première histoire d'amour avec un homme, un enseignant marié du Grand Séminaire. Ses mariages et comment il ne considérait pas comme adultérins ses rapports sexuels avec des hommes. Lui et Andrew se connaissaient alors depuis plus de vingt-cinq ans et avaient discuté de nombreux sujets. Maintenant ils étaient comme hors du temps. Mon père ne s'était pas remarié, et n'était plus évêque de New York. En fait il envisageait de proposer à Andrew de vivre avec lui. Mais Andrew avait pris une importante décision, une décision qu'il partagea avec mon père. Il avait rencontré une femme et espérait l'épouser."

Lorsqu'on finit de lire The Bishop's Daughter, merveilleusement bien écrit, la tête, décidément, vous tourne un peu et l'on est secoué...

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Je trouve de plus en plus difficile de dénicher de nouveaux romans gays de qualité, quoique cela désigne... The Fisher Boy ('Le garçon pêcheur', Scottsdale, Poisoned Pen Press, 2008, 348 pp.) est un livre mystérieux. Je suis tombé dessus dans les pages de Publishers Weekly, le journal professionnel de l'édition aux Etats-unis. C'est le premier roman d'un écrivain qui est présenté de la façon suivante sur la jaquette du livre: "Stephen H. Anable est né à Boston et a étudié à Stanford et à Harvard. Ses nouvelles et ses essais ont été publiés dans des magasines et des anthologies. Dans diverses circonstances pendant sa vie il a été humoriste, journaliste, comédien, assistant social, scénariste, et responsable de la communication pour un cimetière. Il a deux fils et vit dans le Massachusetts."

Je voulais aimer The Fisher Boy, la moindre raison n'étant pas que son action se déroule à Cape Cod. Un vieux camarade de classe du narrateur est assassiné sur la plage gaie de Provincetown Herring Cove. Les Soldats Chrétiens, un groupe religieux fondamentaliste, a ouvert une antenne sur Commercial Street, la rue principale de Provincetown, afin de sauver les pêcheurs qui envahissent Cape Cod pendant l'été. Un groupe mystérieux de vagabonds blonds et déguenillés s'est installé dans les parages... Malheureusement l'intrigue devient trop compliquée... Quel dommage car le style est solide! J'ai souffert pour aller jusqu'au bout. La semaine prochaine je me remets au Cousin Pons que j'ai commencé à relire à Paris...

15.06.2008

dimanche 8 juin 2008

L'amour grec

Le journaux ont abondamment rendu hommage à Yves Saint Laurent après sa disparition la semaine dernière. Dans l'avion, en rentrant aux États-unis mardi dernier, je lisais distraitement dans Libération une interview de Pierre Bergé, "compagnon du créateur et cofondateur de la maison YSL". Comment avez-vous scellé votre pacte avec Yves Saint Laurent? lui demande la journaliste. "On est tombé amoureux. C'est simple." Suzy Menkes, la réputée critique de mode de l'International Herarld Tribune, est plus prudente, mentionnant dans son article "le partenariat Bergé/Saint Laurent, ouvertement homosexuel, mais jamais de façon vulgaire"... Samedi le New York Times (propriétaire de l'IHT) publiait une photo de Pierre Bergé, accompagné de Nicolas Sarkosy et de Carla Bruni, aux funérailles d'Yves Saint Laurent. Son visage est défait, marqué par le deuil. La légende, sous la photo, le désigne comme le partenaire commercial d'Yves Saint Laurent! J'aimerais que mon partenaire commercial me regrette de la même façon...

Hillary Clinton a finalement prononcé son discours tant attendu, reconnaissant la victoire de Barack Obama à l'investiture democrate pour l'élection présidentielle de novembre, et lui apportant son soutien sans faille. Cela se passait samedi à Washington DC. Son discours a été salué dans la presse comme sincère, fair-play, responsable. J'ai été surpris pour ma part de l'entendre prononcer à deux reprises le mot 'gay', parmi la mention d'autres minorités, pendant les trente minutes qu'a duré sa prestation. Cela ne m'était jamais arrivé pendant une campagne que j'ai suivie avec assiduité et où les thèmes gais n'ont jamais été un enjeu. C'est vrai que maintenant qu'elle n'est plus dans la course, elle peut être moins prudente...

Le dernier numéro de la New York Review of Books publie un papier d'Edmund White consacré à Marguerite Duras. Pas de quoi en faire un plat. Dans la liste des contributeurs, le petit article sur White m'apprend que ce dernier prépare un livre sur Rimbaud, The Double Life of a Rebel, à paraître à l'automne. Voilà qui est plus intéressant...

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Depuis plusieurs semaines je me suis plongé dans le pavé de James Davidson: The Greeks & Greek Love: A Radical Reappraisal of Homosexuality in Ancient Greece (London, Weidenfeld & Nicolson, 2007, 656pp).

Le livre est curieusement passé inaperçu, au moins aux États-unis et en France... (En Angleterre les journaux, et notamment le TLS, en ont rendu compte) Pourtant, comme le souligne le titre, il s'agit d'une révision radicale de notre façon de voir l'homosexualité dans la Grèce antique. Il remet en cause comment les spécialistes ont interprété la chose au cours du siècle passé, cette approche moderne culminant dans le livre de Sir Kenneth Dover, Greek Homosexuality (1978), dont Michel Foucault a fait l'éloge, le qualifiant de classique instantané. La sodomie devient le point central, incontournable, pour comprendre l'homosexualité grecque... C'est la distinction entre actif et passif qui importe. Tout est affaire "d'initiation par l'insémination" et "de domination par la pénétration." J. Davidson préfère parler "d'Amour grec" et remet en cause les interprétations antérieures. Il replace l'homosexualité grecque dans son contexte, avec sa complexité et sa diversité, et il est souvent convaincant dans ses analyses.

James Davidson est historien de la Grèce antique à l'université de Warwick en Angleterre. Son livre est le fruit d'une quête intellectuelle débutée il y a presque trente ans, nous dit-il. Il se lit comme une enquête policière, malgré son épaisseur, fait appel aux textes anciens et aux scènes peintes sur des vases antiques (parfois graphiquement très explicites...), analyse tous les mythes et les histoires classiques (Ganymède, Hyacinthe, Achille et Patrocle, etc.), se sert d'analogies tirées d'études d'anthropologiques, et décrit le développement des idées modernes sur l'homosexualité grecque dans lequel Dover, Veyne et Foucault, ne jouent pas une rôle mineur.

Le style est rapide, vivant, avec des raccourcis et parfois des anachronismes ludiques, ironiques, que seul quelqu'un doté d'une profonde culture et d'une solide compréhension de son sujet peut se permettre... The Greeks and Greek Love est un livre important, une contribution majeure au débat sur l'homosexualité grecque, son origine et sa signification. Il faut le siroter lentement, comme un vieux vin de Bourgogne...

8.06.08

dimanche 1 juin 2008

Toujours à Paris: Herbart, Mauriac

J'ai dû prolonger mon séjour à Paris de quelques jours. Je sais, l'horreur... J'ai profité de ces jours volés pour parcourir les volumes de Pierre Herbart toujours dans ma bibliothèque. Le Promeneur vient de republier En URSS: 1936 qui n'était plus disponible. Il faut le lire en même temps que La ligne de force, le livre de souvenirs plus personnels publié bien des années plus tard en 1958, dans lequel Herbart, dans son style dépouillé si magnifique, révèle les raisons qui l'ont poussé à quitter prématurément l'URSS en 1936: il était tombé amoureux d'un jeune homme, N., et craignait de le compromettre. Il avait découvert que dans la patrie du Socialisme, "les homosexuels se régénèrent en lisant Marx dans des camps de concentrations." Lucide, il avait perdu toute illusion sur le régime soviétique. Il écrit au début de En URSS: 1936: "Il est impossible désormais de défendre l'URSS sans mentir et sans savoir que l'on ment." Lorsqu'il parti il fit croire à N. qu'il reviendrait. N. lui écrivit plusieurs lettres: "Mais je ne pouvais répondre. Le moindre mot aurait pu lui coûter la liberté, et même la vie. J'avais l'impression de taper avec un bâton sur un oiseau blessé qui refusait de mourir. Enfin, ce fut le silence..." Pierre Herbart a été injustement négligé par la critique. Ses courts récits autobiographiques, au style concis, brut (L'Âge d'or, Souvenirs imaginaires et La ligne de force) font partie des grands livres du vingtième siècle. Ils mériteraient d'être traduits en anglais...

Tout oppose François Mauriac à Pierre Herbart. Jean, le second fils de François Mauriac, a été journaliste à l'AFP pendant plus de trente ans. Il suivait le général de Gaulle. La plus grande partie du livre d'entretiens qu'il a récemment publié avec l'historien Jean-Luc Barré, Le Général et le journaliste (Paris, Fayard, 2008), est consacré à ses souvenirs du grand homme d'état. Mais dans le premier chapitre ("Une jeunesse mauriacienne") le dialogue porte sur son enfance et les relations avec son père. Jean-Luc Barré, qui prépare une biographie de François Mauriac, fait remarquer que le célèbre auteur aimait à s'entourer de jeunes hommes et pose la question taboue de son éventuelle homosexualité... "François Mauriac adorait la compagnie des jeunes hommes. Homosexuel mon père? Non, certainement pas au sens où l'on entend ce terme quand on l'applique à Gide, Cocteau, Jouhandeau ou Montherlant." "François Mauriac a ressenti de l'amitié, de l'affection, de la tendresse, parfois une véritable passion. Il en souffrait.""A la vérité nous avons vécu aux côtés de François Mauriac sans avoir rien compris de lui. C'est incroyable, n'est-ce pas? Il a fallu attendre sa mort, la publication de sa correspondance, la connaissance de certains de ses textes, pour connaître la vraie nature de l'homosexualité de François Mauriac." "François Mauriac n'a pas eu à lutter contre son sexe, mais contre son coeur." "Il a cru devoir cacher ses sentiments en raison de la religion, de sa famille, de son milieu provincial borné, de sa réputation. Mais ne le regrettons pas: sans ce véritable drame intérieur, jamais François Mauriac n'aurait pu écrire l'oeuvre romanesque brûlante, trouble, haletante, tragique, qu'il a écrite." À suivre...

1.06.2008

dimanche 25 mai 2008

Un inédit de Drieu La Rochelle

De retour à Paris pour quelques jours je tombe sur un texte de Bruce Benderson dans le Têtu de mai. Il s'agit d'un commentaire sur un livre de photographies de l'artiste russe Slava Mogutin. Il décrit un New York que je ne reconnais pas: de jeunes go-go boys dans des bars interlopes qui lui rappellent le Times Square depuis longtemps disparu. C'est quelque chose que je dois explorer. Le New York noctambule dont je suis familier est plutôt bon enfant et aseptisé.

Signe des temps, le Herald Tribune vient de remplacer son problème d'échecs quotidien que je retrouvais avec plaisir tous les jours par une grille de sudoku... J'hésite à leur écrire, mais je laisse tomber.

Parmi les livres récemment publiés en France je découvre un curieux inédit de Pierre Drieu La Rochelle: Notes pour un roman sur la sexualité (Paris, Gallimard, 2008). Drieu les a rédigées en 1944 de sa propre main, au lieu de les dicter, sur un grand carnet. Le titre est trompeur: ce sont les confessions "sans concessions et sans apprêts" de ses débuts sexuels. La troisième personne qu'il utilise ne trompe personne. "L'homme couvert de femme" raconte son éducation sexuelle: son dépucelage à 17 ans avec une prostituée sans charme, sa fréquentation assidue de maisons de passe, les maladies vénériennes qu'il y contracte.
Dans une longue introduction Julien Hervier montre comment Drieu était tiraillé entre les putes, avec qui il pouvait avoir des relations sexuelles, même si celles-ci n'étaient qu'une sorte de substitut à l'onanisme, et les femmes "propres", qu'il respectait sexuellement. Une grande solitude, pathétique, se dégage de cet autoportrait, sans réelle intimité. Peut-être était-il en fin de compte un homosexuel qui s'ignorait... Il nous raconte son unique expérience avec un homme. C'était pendant la Grand Guerre, alors qu'il était dans l'armée, mû par "une curiosité plus décisive".
"Un soir, il avait fait exprès au hasard d'un cantonnement de se trouver dans le même lit que lui. L'autre, un peu surpris, s'était montré prudent et s'était lancé dans des approches oratoires. Mais lui brusquement lui avait dit: 'Ne fais pas de phrases, fait ce que tu veux.' Et puis ç'avait été la même frigidité qu'avec le peintre [devant qui il avait posé nu...]. Et pourtant il mourait du besoin de faire l'amour. Au bout d'un moment, l'autre lui avait paru ridicule et ennuyeux, même exaspérant et il l'avait repoussé avec un rire un peu brutal."
Il ajoute dans la même partie de ses confessions qu'il avait toujours eu une "coquetterie féminine" avec les homosexuels, qui le haïssaient et "voyaient en lui un récalcitrant, un faux frère." Déjà dans son adolescence Drieu avait reconnu la "tendance" qui était captive en lui: "il n'avait pas été tant celui qui désire que celui qui désire être désiré.""Tout cela s'était perdu au bout de deux ans. Mais plus tard lorsqu'il se trouve devant de vrais amateurs, il se retrouva dans la même inclination. Mais alors, elle l'effraya et il fut d'autant plus effrayé de ces hommes qu'il sentait qu'il avait du pouvoir sur eux et que quelque chose en lui était capable d'exercer ce pouvoir." Je me demande, en effet...

25.05.2008

dimanche 18 mai 2008

I Love California; Charles Demuth (suite)

Jeudi la Cour suprême de Californie a déclaré anticonstitutionnelle l'interdiction des mariages homosexuels, faisant de la Californie le deuxième état, après le Massachusetts, à autoriser les mariages gais et lesbiens. Mais quel état! 12% de la population des US et un cinquième du vote électoral nécessaire pour gagner la Maison blanche... Il est intéressant de constater qu'une cour dominée par les Républicains, et présidée par un Chief Justice nommé par Ronald Reagan, a résisté à l'idéologie conservatrice et aux pressions politiques pour rendre un avis 'équilibré'. Reste à savoir quel sera l'impact de cette décision et des combats qui s'annoncent sur l'élection présidentielle de novembre, maintenant que les primaires touchent à leur fin et que les deux protagonistes sont connus...

Une mention dans The Advocate il y a quelques semaines m'a conduit à acheter le dernier roman de Joseph Olshan (auteur américain, non traduit en Français), The Conversion - La conversion (New York, St. Martin's Press, 2008). D'après l'entrefilet du magazine je m'attendais à ce que ce soit un roman pour écrivain, et un bon, par dessus le marché. Les principaux personnages sont des écrivains qui  gravitent autour d'un manuscrit, entre Paris, la Toscane et New York. Le narrateur est subjugué par la Bibliothèque de la Pléiade: "Je considère les volumes de la Pléiade, édités par la célèbre maison Gallimard, avec leur papier bible et leur reliure en pleine peau dorée à l'or fin, comme les plus beaux livres grand-public du monde. Les titres sont consacrés aux 'stars' de la littérature mondiale. Ils réunissent dans une présentation exceptionnelle les grandes oeuvres des plus célèbres auteurs. (Quel dommage qu'il commette la bourde, lorsqu'il mentionne les auteurs de plusieurs volumes appartenant à son amant parisien, d'inclure Musil et Sinclair Lewis (sic) qui n'ont jamais été publiés dans la prestigieuse collection...) Malheureusement, l'histoire devient vite un peu compliquée, invraisemblable, tandis que les personnages manquent de profondeur, de crédibilité, malgré les efforts apparents de l'auteur. En fin de compte, une lecture très décevante...

Vous connaissez, nulle doute, le célèbre coeur rouge qui signifie 'Love' dans les logos comme:


Mais la plupart des gens ignorent (j'en étais...) que le logo fut créé en 1977 pour une campagne promotionnelle en faveur du tourisme à New York par le graphiste Milton Glaser, aujourd'hui âgé de 78 ans, qui, catastrophé par l'état de la ville à la fin des années 70, travailla béné
volement sur le projet. L'état de New York vient de lancer une nouvelle campagne qui utilise le même logo. "C'est l'une des particularités de la vie de ne pas laisser présager les conséquences de nos propres actions," affirme M. Glaser dans le New York Times. "Qui diable aurait prévu que ce petit symbole insignifiant deviendrait l'une des images les plus omniprésentes du vingtième siècle?"

***

Pour en revenir à Charles Demuth (voir l'article du 20 avril), j'ai trouvé une foule d'informations intéressantes dans Speaking for Vice: Homosexuality in the Art of Charles Demuth, Marsden Hartley, and the First American Avant-Garde (Jonathan Weinberg, New Haven, Yale University Press, 1993). C. Demuth était un homme de son temps. Bien qu'il semble avoir accepté son homosexualité et "ne pas avoir craint d'être étiqueté comme tel," il ne fait guère de doute qu'il en ait souffert et qu'il ait préféré garder secrète sa vie intime. "Il séparait distinctement ses différents styles de peinture: les paysages urbains et les portraits résolument avant-gardistes, les natures mortes et les aquarelles de fleurs, et les illustrations et scènes noctambules parfois érotiques," ces dernières n'étant pas destinées à être montrées au public de son temps. Jonathan Weinberg, peintre et historien d'art, démontre une compréhension profonde de l'oeuvre érotique de C. Demuth, véritable reflet de la vie gaie pendant la période s'étendant de 1910 à 1940. Son ouvrage est fascinant. S'appuyant sur une citation de Michel Foucault extraite d'un entretien datant de 1983 ("Pour un homosexuel, le meilleur moment de l'amour est sans doute celui où l'amant est dans le taxi"), il poursuit: " Les aquarelles érotiques de la dernière période de C. Demuth, en particulier, ont cette qualité de mémoire. Barbara Haskell estime qu'en 1930 Demuth était devenu impuissant à cause du diabète dont il souffrait. Le retour à la figuration érotique, après un intermède de dix ans, pourrait correspondre au besoin de se remémorer des rencontres sexuelles afin de conserver l'illusion d'une sexualité. Toutes ses peintures érotiques, aussi bien les dernières que les plus anciennes, partagent la caractéristique de rendre permanents de brefs moments de désir et de plaisir. En fait, les tableaux de Demuth, contrairement à la plupart des oeuvres érotiques, ne sont pas faits pour séduire. Ils semblent moins destinés à susciter le désir chez le spectateur qu'à enregistrer des sentiments et des rencontres. Si pour Demuth ils étaient un moyen de saisir le souvenir d'escapades sexuelles vécues ou rêvées, pour nous, ils fournissent un rare témoignage visuel sur la façon dont de nombreux homosexuels se ménageaient des moments d'intimité, pendant la période de l'entre-deux-guerres. Les rencontres sexuelles clandestines, qui représentaient la plus grande partie de la vie gaie, étaient supposées rester invisibles. L'oeuvre de Demuth contrarie ce dessein."

À quand une exposition consacrée à l'art érotique de Charles Demuth?

18.05.2005

dimanche 11 mai 2008

Un après-midi à New York

Après avoir passé un bon moment à Brooklyn lundi dernier, en me demandant si c'est vraiment l'endroit où je veux déménager, je décidai d'essayer Rapture, une librairie-café gaie de l'East Village. Tout le monde doit gagner sa vie... Je pris la ligne Q qui enjambe agréablement l'East River par le Manhattan Bridge, admirant sur la gauche Downtown, le Brooklyn Bridge, et au loin la Statue de la Liberté. Rapture était fermé (définitivement d'après son site internet, bien qu'il n'ait ouvert qu'en décembre dernier, mais on nous promet de "continuer à accueillir, ailleurs, la plupart des évènements que vous avez plébiscité") et je me suis retrouvé àl'Oscar Wilde Bookshop...

Sur le présentoir au centre de la petite pièce de devant je pris Hiding in Plain Sight: The Secret Life of Raymond Burr - Caché en plein jour: La vie secrète de Raymond Burr (Michael Seth Starr, New York, Applause, 2008). Je ne me doutais absolument pas que Raymond Burr fut gai, le héro si viril de la série télévisée de ma jeunesse, L'homme de fer. Le livre reste très superficiel sur sa vie intime. J'ai trouvé fascinant (et touchant) la façon dont, quelques jours avant sa mort, il répondait aux questions d'une journaliste que son plus grand regret était de n'avoir pas trouvé le temps de se marier et d'avoir eu des enfants. Illégua sa fortune à son compagnon de longue date, Robert Benevides, qui partagea sa vie pendant plus de trente ans...

La maison d'édition Alyson Books, en partenariat avec le site web spécialisé The Out Traveler, vient de lancer une série de petits guides de voyage gais et lesbiens. Le premier titre de la collection est consacré à New York, et j'en ai pris un exemplaire chez Oscar Wilde (The Out Traveler New York City, Dan Allen, Alyson Books, April 2008). C'est une très bonne nouvelle de voir paraître un nouveau guide gai consacré à New York. Le meilleur guide jusqu'à présent (dans un désert, il faut le reconnaître), Betty & Pansy's Severe Queer Review of New York (3rd edition, San Francisco, Cleis Press, 2003), se fait un peu vieux et ne sera de toute évidence pas actualisé... Le concept derrière la nouvelle collection est excellent, et j'y ai trouvé une foule d'informations utiles et intéressantes. C'est une bonne idée de décrire l'histoire de New York et ses principaux repères culturels dans une perspective gaie. Le volume contient de nombreux encadrés (appelés Sidebars) intéressant consacrés à des personnalités de l'histoire culturelle de New York comme Paul Cadmus, Allen Ginsberg, Walt Whitman, et les moins célèbres Mel Cheren, Carl van Vechten, Langston Hughes. Dans le chapitre d'introduction à la culture gaie de la grande métropole, l'auteur, Dan Allen, consacre plusieurs Sidebars aux 10 Grands Tableaux gais, Films gais, Oeuvres littéraires gaies, etc. Les choix sont les siens, mais ont le mérite d'exister et de donner quelques pistes. Ma seule critique est que le livre manque de passion, d'humour, et qu'il mentionne quelques références lesbiennes qui n'ont aucun sens dans un guide essentiellement écrit pour les gais...

Lundi était le Cinco de Mayo, souvent considéré à tort par les Américains comme la fête nationale mexicaine... Le temps était estival et sur le chemin me ramenant à Grand Central j'observai avec plaisir les restaurants mexicains grand ouverts sur le trottoir et leur clientèle sirotant bières et cocktails. Il est probable que la plupart des cocktails étaient le breuvage abject qu'est devenu le Margarita. Eric Felten, le fascinant auteur de la chronique hebdomadaire du Wall Street Journal How's Your Drink, a consacré sa plus récente chronique au Sensuel Margarita (The Sultry Margarita). Lisez-la si vous vous intéressez à l'histoire opaque de ce cocktail classique et si vous voulez apprendre comment en concocter un digne de ce nom. À propos, Eric Felten a récemment publié un excellent petit livre que je vous recommande chaudement, How's Your Drink: Cocktails, Culture and the Art of Drinking Well (Chicago, Surrey Books, 2007). Ce n'est pas un recueil de ses chroniques (même si ces dernières méritent aussi un volume)...

11.05.2008

dimanche 4 mai 2008

Pot pourri

Triste quinzaine!

Ayant peu de temps à consacrer aux livres en raison de la présence de mes filles pour les vacances de printemps j'ai décidé de lire ce que je pensais être un polar tranquille: Blind Fall de Christopher Rice (Scribner, 2008), auteur apparemment non encore traduit en français. L'histoire semblait acceptable (un ex marine essaie de renouer avec son ancien officier, qui a été grièvement blessé en essayant de le protéger lors de leur dernière mission en Irak, le retrouve assassiné, découvre son homoslu dansexualité, et se joint à son petit ami afin de résoudre le mystère), ses trois précédents livres ont figuré dans la liste de best-sellers du New York Times ... Quelle triste désillusion! Le livre est mal écrit, truffé de formules toutes faites, de poncifs et autres lieux communs, manque d'épaisseur, sans toutefois manquer de prétention. Après l'avoir fini, j'ai appris dans Wikipedia que "Christopher Rice était issu d'une famille d'auteurs. Ses parents sont Anne Rice (largement traduite, elle) et le défunt poète Stan Rice; sa tante, Alice Borchardt, est un écrivain reconnu. Il est également proche de l'auteur Clive Barker. Ses critiques ont laissé entendre que ses relations, plus que son talent, lui avaient ouvert l'accès à la publication." C'est bien possible...

Ritchie Robertson publie dans le TLS une critique très positive de la nouvelle biographie consacrée à Stefan George (Stefan George: Die Entdeckung des Charisma , ThomasKarlauf, Munich, Blessing, 2007), 'La découverte du charisme', dont les dernières lignes sont: "Cette substantielle biographie, fruit d'un travail de documentation approfondi, écrite dans un style accessible, replace George dans son contexte, l'Allemagne du début du vingtième siècle. Elle contient des portraits mémorables de ses proches, évite tout sensationnalisme, ne succombe pas à la facilité pour expliquer les problèmes que soulève sa carrière, et, surtout, fait un abondant usage de citations qui nous rappellent que le charisme de Stefan George émanait, en fin de compte, de sa poésie." Même si ma connaissance de l'allemand m'ouvrait accès à cet ouvrage, je n'arrive pas à m'y intéresser...

La semaine dernière, le New York Times, tellement décrié par les gays il n'y a pas si longtemps, publiait, en plus de sa rubrique hebdomadaire d'annonces de mariages (qui fait régulièrement place aux couples de même sexe) deux articles d'intérêt particulier pour les lecteurs GLBTQ. Dans la section Sunday Style, Tina Kelley raconte l'histoire d'un couple marié en 1980, ayant eu trois enfants, vivant dans le New Jersey. En 2005, après une intervention chirurgicale, le mari, Donald, devint Denise, mais le couple resta uni... Lorsque les parents "expliquèrent aux enfants l'intervention imminente, Jessica, alors agée de 17 ans, redouta le divorce; Scott, âgé de 14 ans, s'exclama, 'cool'; et Alyssa, 12 ans, pleura pendant des heures en disant qu'elle voulait un papa normal." Lisez l'article (Through Sickness, Health and Sex Change) si vous voulez savoir pourquoi ils n'ont pas divorcé, et en apprendre plus sur les mariages de même sexe où l'un des conjoints est un transsexuel. Dans le prestigieux Magazine du New York Times, la Une (avec une photographie en couleur d'un couple gay bcbg) était consacrée aux jeunes gays du Connecticut qui décident de se marier (Young Gay Rites by Benoit Denizet-Lewis). Rien de très excitant...

Le livre de Michael S. Sherry, Gay Artists in Modern American Culture: An Imagined Conspiracy (The University of North Carolina Press, 2007) regorge d'informations intéressantes, mais il n'est pas d'un accès facile, avec ses citations trop nombreuses qui cisaillent la lecture, et son style souventbarroque, illustré par cette phrase: "Dyspeptic explanations of queer creativity yielded little that was persuasive - no surprise, since most authors wanted less to explain than to disparage." Soit. Et alors?

Queer Lives: Men's Autobiographies from Nineteenth-Century France, édité par William A. Peniston et Nancy Erber (The University of Nebraska Press, 2007) est un recueil de courts récits autobiographiques écrits dans des circonstances diverses par des hommes attirés par les hommes, dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. L'introduction et les notes les replacent dans leur contexte. Malheureusement les traductions sont de qualité inégale. Le livre comprend trois parties. Les deux autobiographies qui constituent la première partie (Secret Confessions of a Parisian by Arthur W, "The Countess") et la troisième partie (The Novel of an Invert) sont de loin les plus intéressantes. Par coïncidence, elles furent toutes deux publiées pour la première fois la même année. Splendeurs et misères d'une courtisane mâle ou Confidences et aveux d'un Parisien fut publié par le Dr. Henri Legludic, expert près le tribunal d'Angers, dans son livre, Notes et observations de médecine légale: Attentats aux moeurs (Paris, Masson, 1896). Ce document lui avait été communiqué en 1874 par "Arthur W", un prisonnier de 34 ans détenu dans la maison d'arrêt d'Angers. L'auteur anonyme - son vrai nom était Arthur Belorget - avait été un prostitué et un travesti à Paris sous le Second Empire. Le roman d'un inverti-né est constitué d'une série de lettres adressées à Emile Zola par un jeune Italien, écrivant en français, décrivant très librement son attirance pour les hommes. Zola confia ces lettres à son ami le Dr. Georges Saint-Paul, un médecin légiste, qui les publia sous le pseudonyme de Dr. Laupts dans son livre, Perversion et perversité sexuelles (Paris, Carré, 1896). La deuxième partie de Queer Lives comprend six textes autobiographiques extraits de travaux d'éminents médecins français où ils figuraient comme cas cliniques. Ils témoignent surtout de la façon dont était perçue l'homosexualité en France à la fin du dix-neuvième siècle, au sein de la communauté médicale.

Les critiques et articles consacrés au dernier livre de souvenirs d'Augusten Burroughs (A Wolf at the Table, St. Martin's Press, 2008), y compris un entretien dans The Advocate qui le présente comme "l'un des écrivains gais ayant le plus de succès aujourd'hui", ne donnent guère envie de le lire...

J'aurais dû tout envoyer promener et faire comme David Mixner: emmener mes filles à Cape Cod voir les baleines de Provincetown (Turkey Hollow Almanach: The Whales of Provincetown).

04.05.2008

dimanche 20 avril 2008

Gymnastique intellectuelle quotidienne; Art et insuline

Jeudi dernier, une chronique stimulante dans le New York Times m'a remonté le moral pour la journée.

Afin d'expliquer pourquoi la situation devient de plus en plus tendue entre les supporters de Barack Obama et ceux d'Hillary Clinton, le chroniqueur Nicholas D. Kristof fait référence à un "nouveau livre formidable",
True Enough: Learning to Live in a Post-Fact Society (Wiley, 2008) du jeune auteur Farhad Manjoo (il considère que c'est le meilleur livre politique de l'année à ce jour): nous avons tendance à accepter les données qui vont dans le sens de nos opinions, et à critiquer celles qui vont à l'encontre. Cela renforce nos pr
éjugés et nous rend plus fanatiques. Autre biais: nous sommes plus disposés à rechercher l'information qui confirme, plutôt que celle qui contredit, nos points de vue. "Cette réticence pour les informations qui ne collent pas avec nos préjugés, se rencontre chez les conservateurs aussi bien que chez les libéraux, mais quantité d'études ont montré que c'était surtout un problème chez les conservateurs," ajoute M. Kristof qui conclut:

"La situation n'est pas sans espoir. Des mécanismes psychologiques similaires sont en jeu dans la façon dont on perçoit les différences raciales, or d'importants progrès ont été faits dans ce domaine. Il en est de même pour l'attitude vis-à-vis des gays. Les seules solutions que je vois sont d'ordre personnel: travailler quotidiennement sa musculature mentale. De même que l'on s'astreint à grignoter des légumes et qu'on refuse un cheesecake, on devrait se forcer à suivre un régime d'informations qui comprenne un buffet de sources variées - avec une emphase particulière pour les scories écoeurantes des idiots. Plus le goût sera mauvais, plus profitable sera la nourriture. Si c'est la raison pour laquelle vous lisez ceci, bravo! Et merci!"

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Comme je l'ai signalé la semaine dernière j'ai découvert Charles Demuth en tombant par hasard sur un court article du New Yorker.

Charles Demuth (1883-1935) est un maître américain de l'aquarelle qui a passé la plus grande partie de sa vie à Lancaster, la petite ville où il est né, située un peu à l'ouest de Philadelphie, en Pennsylvanie. Au cours des dernières années de son e
xistence il s'est tourné vers la peinture à l'huile et a développé un style connu sous le nom de Précisionisme, caractérisé par la clarté et la précision du trait, et les sujets architecturaux. Entre 1927 et 1933 il exécuta sept peintures, considérées aujourd'hui comme ses derniers chefs-d'oeuvre, et sont le sujet de l'exposition du Whitney Museum (seulement six tableaux sont réunis): Chimneys and Towers: Charles Demuth's Last Paintings of Lancaster (jusqu'au 27 avril). L'exposition a été organisée par le Amon Carter Museum de Fort Worth (Texas).

Les tableaux sont indiscutablement remarquables, avec leur style très particulier et leurs titres mystérieux pour des sujets industriels peu matière à inspiration: My Egypt, And the Home of The Brave, After the Fall (d'après un poème de Whitman)... Mais, comme l'écrit Ken Johnson, dans un article très positif du New York Times daté du 27 février, "d'autres émotions, moins apparentes, contribuent à l'aura de la série." C'est cela que j'ai trouvé vraiment fascinant.


Demuth développa un diabète qui fut diagnostiqué en 1921. Sa santé se détériora rapidement. L'insuline fut découverte en 1922 au Canada et l'un des experts américains de la maladie avait créé une clinique à Morristown dans le New Jersey où Demuth fut suivi grâce au soutien financier du Dr. Albert C. Barnes, le riche inventeur américain à l'origine de la Barnes Foundation de Philadelphie. Barnes avait fait la connaissance de Demuth plusieurs années auparavant et avait acquis un nombre important de ses tableaux. "Sans l'effet bénéfique que l'insuline, découverte depuis peu, produisit transitoirement chez Demuth, ce dernier n'aurait jamais vécut assez longtemps pour créer ses derniers chefs-d'oeuvres architecturaux," soutient Betsy Fahlman dans le catalogue fascinant qui accompagne l'exposition.

Charles Demuth était, par ailleurs, gai. À New York où il se rendait régulièrement il fréquentait la coterie qui se réunissait autour du photographe et collectionneur Alfred Stieglitz, ainsi que d'autres artistes de l'avant-garde. Il s'immergea aussi dans la subculture gaie qui florissait dans Greenwich Village. De ces expériences, il tira des aquarelles représentant des hommes, des marins dans des scènes homosexuelles non équivoques. Deux exemples, timides, sont exposés au Whitney Museum (honteusement, aucune reproduction ne figure dans le catalogue), mais une recherche rapide sur internet ramène des illustrations, étonnantes, plus explicites. Bien entendu, des questions viennent immédiatement à l'esprit (chez moi...). Quelle était la raison d'être de ces tableaux? À qui étaient-ils destinés? Où sont-ils aujourd'hui? À quel point Charles Demuth était-il transparent quant à son homosexualité? Malheureusement le texte de Ms. Fahlman dans le catalogue n'apporte pas de réponse à ces questions...

En guise de consolation, je ne résiste pas à citer la conclusion provocante de Ken Johnson dans son article:

"Dans sa monographie Ms. Fahlman laisse entendre que malgré l'attitude relativement libre qui régnait parmi l'avant-garde américaine en matière sexuelle, Demuth se serait senti marginalisé dans le milieu artistique essentiellement hétérosexuel qu'il fréquentait. Une telle hypothèse, si elle était exacte, éclairerait d'une lumière différente, et surprenante, les toiles de Lancaster. On pourrait considérer la série de tableaux comme une tentative pour gommer tout signe d'efféminement qui aurait été associé à sa carrière d'aquarelliste et de spécialiste ès fleurs. Sans doute les tableaux de Lancaster témoignent d'une ambition que ses critiques de l'époque auraient considérée comme plus virile. Si l'hypothèse vous tente, il vous faut considérer sous un autre jour ces châteaux d'eau et ces cheminées à connotation indiscutablement phallique. Que pensait donc Demuth? Marcel Duchamp était un ami proche; les idées de Freud sur la signification cachée que peuvent avoir des objects inanimés étaient dans l'air du temps. Demuth pouvait-il ne pas être conscient de la charge symbolique des ses représentations? J'aime à penser qu'il riait dans sa barbe et se disait: "Ils veulent des tableaux virils. Je leur en donnerai!" Ce qu'il ne pouvait s'empêcher de faire, c'est de les empreindre de beauté."


20.04.2008

dimanche 13 avril 2008

Maîtres

Nous avons connu jeudi dernier la première journée - fugace - d'été, avec des températures dépassant les 20 degrés. Dans le train qui me conduisait à New York je lisais distraitement le New Yorker. Un court article attira mon attention: "Ne ratez pas l'exposition 'Chimneys and Towers: Charles Demuth's Late Paintings of Lancaster,' au Whitney, un pur petit bijou réunissant quelques toiles majeures de l'épique et excentrique maître moderniste américain, mort des complications d'un diabète en 1935, à l'age de 51 ans." Les cheminées et les tours ne sont pas vraiment mon rayon, mais cette phrase étonnante avait piqué ma curiosité. Quelques autres mots glânés dans l'article finirent par me convaincre de me rendre au Whitney museum plus tard dans la journée: aquarelles homoérotiques, un autre artiste d'avant-garde gay, Hart Crane, Walt Whitman. Rien ne m'obligeait à rentrer sans attendre. Quelle heureuse découverte! Je reviendrai sur cette expostion fascinante, mais si vous souhaitez en profiter avant qu'elle ne se termine, allez y avant le 28 avril.

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Le TLS a publié il y a quelques semaines une critique du deuxième tome de la biographie de Henry James par Sheldon M. Novick (Henry James: The Mature Master, Random, 2007). L'auteur de l'article, Peter Brooks, est professeur de litérature comparée à l'université de Yale et a publié l'année dernière un essai sur James.

Le premier tome de sa biographie (
Henry James: The Young Master, Random House, 1996) a suscité les critiques des précédents biographes en raison des scènes sexuelles imaginées à partir d'éléments indirects puisés dans les romans et les journaux de James. S. Novick semble en avoir tenu compte. Il a fait preuve de plus de retenue dans ce deuxième volume.

Tout en récusant sa manière, Peter Brooks a plutôt de la sympathie pour la tentative de Novick de "replacer la sexualité au centre" de son approche, contrairement à ses prédécesseurs plutôt frileux à propos de l'imagination homoérotique de James. Mais sa critique n'engage pas vraiment à lire la biographie de Sheldon Novick qui, remarque-t-il, "fait apparaître que Henry James n'a pas encore trouvé le biographe qu'il mérite."
"D'autres maîtres du Modernisme, dont il fut l'un des précurseurs, ont trouvé leur parfait biographe - Richard Ellman pour Joyce, Hermione Lee pour Virginia Woolf, Jean-Yves Tadié pour Proust. Mais les aspects intimes de James demeurent une énigme peu explorée. Pas seulement sa sexualité (ou son absence de vie sexuelle), mais surtout les ressorts de son imagination. Certains écrivains ont fait un meilleur travail que les biographes. Le maître, le roman de Colm Toibin, bien qu'empruntant trop facilement aux 'déductions' de Novick, est un portrait intime remarquable de l'écrivain."
Dommage. J'ai suivi les conseils du Professeur Brooks et j'ai lu le roman du grand écrivain irlandais (Le maître, Robert Laffont, trad. Anna Gibson, 2005) que j'avais raté lors de sa publication. Je ne le regrette pas... C'est un beau livre, baigné d'un humour typiquement britannique (si j'ose... pour une oeuvre irlandaise), et une parfaite introduction à Henry James, dont le mystère demeure...

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J'ai appris en début de semaine dans le
New York Times que le Boléro, l'une des musiques les plus célèbres dans le monde, a été composé alors que Ravel, en 1928, agé de 53 ans, commençait à présenter les sympômes d'une démence frontotemporale, une rare affection dégénérative qui allait l'emporter. C'est ce qu'affirme le neurologue Bruce Miller, directeur du Centre pour la mémoire et le vieillissement de l'Université de Californie (San Francisco), l'un des auteurs de l'article 'Unravelling Boléro: progressive aphasia, transmodal creativity and the right posterior neocortex' publié en décembre dernier dans le journal professionnel Brain.

"Le
Boléro est un exercice de compulsivité, de structure et de persévération, dit le Dr Miller. Il progresse de façon répétitive jusqu'à la 326ème mesure. Puis s'accélère jusqu'à l'effondrement dans le finale."

Nous sommes bien peu de chose...

13.04.2008

dimanche 6 avril 2008

Le paradoxe d'Easterlin; Les souvenirs de John Rechy

Depuis près de 35 ans le paradoxe d'Easterlin est généralement accepté par les économistes: après qu'un niveau (relativement modeste) soit atteint, l'accroissement de la richesse n'augmente pas le bonheur. Ce matin, encore un peu endormi, lisant le FT dans mon lit, je découvre que deux économistes réputés de Wharton, après avoir étudié les données des cinquantes dernières années dans 132 pays, viennent de conclure que le paradoxe d'Easterlin était faux! J'ai été me reservir un café. Plus un pays est riche, plus ses habitants sont heureux. C'est simple. Notre président bling-bling n'a pas besoin de chercher ailleurs. Et qu'en est-il pour les individus que nous sommes? Les résultats de l'étude seront débatus la semaine prochaine lors d'un conférence organisée par Brookings, un think-tank américain...

Admettons! Mais parfois de simples plaisirs peuvent nous apporter un certain bohneur. Un bon hot-dog par exemple!

À la veille d'une nouvelle saison de baseball, Raymond Sokolov, le critique gastronomique du
New York Times et du Wall Street Journal, a parcouru les Etats-unis à la recherche du meilleur hot-dog. Le week-end dernier le Wall Street Journal a publié son enquête. Le vainqueur est une sorte de vendeur ambulant, Speed's, dont le camion hante "un parking triangulaire au milieu d'entrepôts d'alimentation en gros à la dérive dans le quartier sans cachet de Roxbury" à Boston (New Market Square). Je ne peux m'empêcher de penser à la buvette ambulante qui vendait un merveilleux sandwich au pot-au-feu en face de l'hippodrome d'Auteuil les jours de courses. Peut-être existe-t-elle toujours? Avec un verre de côte-du-rhône, je ne peux imaginer de plus succulent casse-croûte. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos hot-dogs. New York figure aussi sur la liste de M. Sokolov (avec Chicago et Los Angeles): Share Shack (Madison Square Park au niveau de la 23e Rue, 212-889-6000) "donne aux New Yorkais gâtés une idée de ce qu'est un hot-dog digne de ce nom, dans le style de Chicago, avec toutes ses garnitures." Si vous passez par New York pour voir Andrea, dont j'ai parlé récemment dans une de ces chroniques, profitez-en pour rendre visite à Share Shack. Par un agréable après-midi de printemps, vous pourrez y trouver un peu de bonheur, pour pas cher...

***

About My Life and the Kept Woman est le recueil de souvenirs de John Rechy récemment publié aux États unis (Grove Press, 2008). Nul doute qu'il sera bientôt traduit en français. Le livre nous replonge dans les années 50 et 60. De ce point de vue, c'est un témoignage intéressant. Il n'est pas si mal écrit que ne le laisse entendre David Leavitt dans sa critique très juste, et plutôt négative, du New York Times (Hustler, 2 mars 2008).

John Rechy est né en 1934 à El Paso, au Texas, d'un père d'origine écossaise et d'une mère mexicaine. S'il a grandi dans les quartier pauvres de la ville, il était souvent pris pour un Anglo à cause de sa peau claire. Le racisme était omniprésent. Il était très proche de sa famille, surtout de sa mère et de sa soeur Olga; beaucoup moins de son père qu'il dépeint comme un être aigri et violent...

L'auto-portrait qu'il trace, est celui d'un homme très seul, narcissique, incapable d'établir la moindre relation intime. Son narcissisme est souligné par les photographies en noir et blanc qu'il a inclus dans le livre. John Rechy n'a réalisé qu'il était attiré par les hommes que tard dans sa vie, et il ne semble pas l'avoir vraiment accepté... C'est pour gérer son homosexualité qu'il devient un tapin (hustler), étant incapable d'exprimer ses sentiments, simplement d'être l'object du désir des autres. Paradoxalement, de cette expérience il tirera la matière à partir de laquelle il développera sa carrière litéraire, celle d'un écrivain gay.

About My Life and the Kept Woman raconte comment il est devenu un hustler et comment il est devenu l'auteur célèbre de Cité de la nuit publié en 1963. C'est, au fond, une histoire triste. Il nous parle de ses rencontres avec des hommes célébres (le réalisateur de Broadway Wilford Leach, Isherwood, Ginsberg, Liberace) et attentionnés, qu'il rejette. "La possibilité de vieillir ne peut même pas être acceptée, écrit David Leavitt; quand Allen Ginsberg lui demande 'Et lorsque tu vieilliras et ne seras plus en mesure d'attirer ton quota?' il répond - 'le plus sérieusement du monde' - que 'cela n'arrivera jamais'. Mais bien sûr cela ne peut qu'arriver." Ce que John Rechy n'aborde pas, même s'il a aujourd'hui plus de 70 ans...

06.04.2008

samedi 1 mars 2008

Gay Publishing in the Post-Stonewall Era

What are gay books? What is gay literature? Felice Picano knows. Not only is he a bestselling author and gay literary pioneer. He was also an editor in New York for two decades not so long ago. He founded one of the first gay publishing house in America during the mid 70s, SeaHorse, and was one of the pillars of Gay Press New York until its closing in 1994. Last year he published a memoir based on these years.
First a few complaints. The memoir,
Art and Sex in Greenwich Village (Caroll & Graf, 2007) is printed on a very thin and cheap paper. The title selected is certainly not the best... There is no table of contents, no index! Felice Picano is not the most humble person in town and sometimes he even seems to be settling a score with former business acquaintances. He certainly pushes too far at times. But his memoir is nevertheless an important little book, full of interesting details on the publishing industry and on the gay literary life in the last quarter of the twentieth century!
During an interview more than ten years ago Picano answered that there was no gay literature before the mid 70s... Of course there were famous homosexual male novels in the decades before. But they did not reflect "the post-Stonewall gay world, but instead an earlier era, an earlier mindset - one in which the Stonewall Rebellion and gay politics were not only never anticipated, but also a complete improbability."
As Felice Picano remembers, only a handful of books with gay themes were published every year by mainstream editors: "highly commercial usually, but always 'safer' in terms of material and story lines, and usually fiction - predominantly novels". Poetry, drama, short stories, satire, humor, history, memoir or autobiography were ignored. The situation changed only in the 90s "when gay lit became a genre - like children's books, or self-help, or cookbooks". Therefore when Picano started SeaHorse Press he was little worried about finding books to publish. His main problem was to learn fast enough how books were actually made and marketed! He choose as his first author... himself. This meant, no advances to be paid out, and "no other artistic ego to deal with immediately"! Other authors followed: Harvey Feirstein (
Torch Song Trilogy), Dennis Cooper, Brad Gooch, Gavin Dillard, Robert Peters who had written a powerful memoir (Feather: A Child's Death and Life), Martin Duberman, etc.
Several pages are a first-hand account of the Violet Quill Club, a group of seven gay writers including Picano, Andrew Holleran, Edmund White, George Whitmore and Robert Ferro. They met regularly to discuss their works and share their concerns for their art between 1979 and 1981.
The book brings back the atmosphere of New York, and specially Greenwich Village, in the 70s and 80s, with its sexual liberation context. It is filled with very sharp and lively portraits of writers and intellectuals of the period, many of whom would die of AIDS in the subsequent years. The gargantuan Harvey Feirstein with his hoarse voice in his small cramped Brooklyn apartment telling his life story and showing his closet, filled with women's clothing: "In truth, he had far more women's clothing than men's clothing. No surprise really, when he told us that he'd been dressing in drag and doing his own makeup since he was fifteen years old." The mysterious and distinguished Charles Henri Ford, living in the Dakota Apartments with his younger partner, who together with Parker Tyler was the author of
The Young and Evil, "thought by many to be the first true homosexual novel, and probably the first 'coming-out' book", published in 1993, and reissued by Gay Presses of New York. The academic specialist of French literature George Stambolian who had published a study of Proust and put together for SeaHorse a book of in-depth anonymous interviews with gay men, Male Fantasies/Gay Realities. And there are also portraits of famous authors with whom Felice Picano flirted without actually concluding: Cocteau, Purdy and Vidal. Because he was very involved with the design of his books, Picano took great interest in potential artists for their cover. Robert Mapplethorpe was one of them. One evening, after a previous very business-like conversation in the afternoon, he summoned Picano to his apartment in order to take a picture of his genitals... Picano obliged, and, in a typical tone, remembers: "As I was leaving his studio an hour later, he showed me a file cabinet drawer he said was filled with photos of men's genitalia he'd taken over the past decade while having sex with them - among which I wasn't too surprised to recognize a few dicks I'd seen and had myself. He had hundreds of such photos he said, and he was premeditating a huge exhibit of them all once he was better known, and, crucially, once he'd reached the magic number of one thousand. He'd then add his own cock, Robert said, and call it One Thousand and One Nights."
Entertaining and informative. Read it while playing Patti Smith's
Horses on your stereo.

2008.03.02

dimanche 24 février 2008

Born lucky or unlucky...

This past week I read an unpretentious but very entertaining coming-of-age novel from a lucky author, which brings out significant aspects of the journey to becoming gay (The Sixth Form, Tom Dolby, Kensington Books, 2008). It's the story of two adolescent boys during their high school senior year in a prestigious New England boarding school, Berkley Academy. Ethan Whitley is the son of a couple of Californian teachers. His mother is dying from cancer and his parents have decided to send him to the East Coast to somehow preserve him. He is a good student, lonely, introvert, with low self-confidence, and very limited experience with girls. Todd Eldon is a confident looking outgoing boy who has had many girlfriends. His mother is a bestseller author living on Fifth Avenue in Manhattan. His father has left the family and tries to make a living in real estate in Florida. Ethan and Todd become friends during the first weeks of the new school year. The novel's backbone is the unusual relationship which progressively develops between them - specially Ethan - and an English teacher, Hannah McClellan, an attractive woman in her thirties with a mysterious past who lives by herself in a seclusive house on the campus. The resulting tension makes you turn the pages almost as in a thriller.
At the start of the novel Todd is dating Alex, a pretty girl also at Berkley, and they are having sex most nights, although lately Todd has been doing it almost automatically, as a kind of obligation. He soon breaks up with her. He has become attracted to Ethan. The attraction is part physical (he becomes hard the first time he sees his naked body under the shower) and part sentimental: "He wanted Ethan to become his friend, to draw him into his life, to fill that gap that had been empty for so long." One night (they have both been drinking, it's Halloween evening) Todd kisses Ethan on a bench in the graveyard near Berkley's campus. After the kiss, Ethan runs back to his room. When he is back in his own room Todd cannot sleep. He feels shame. But Todd is clever and does not make the mistake many young gays do: "The kiss was such a revelation that he felt conflicted. He wanted more, but he also wanted to run away: to get back together with Alex, to reconcile with her, to acknowledge that this was all a mistake. Maybe he was attracted to girls and guys, destined to be one of those chameleons who refuse to be labeled. He considered the possibility as he threw on a pair of pyjama bottoms. Going back to Alex would be safe and secure, but stifling, a prison. Going in the other direction, whatever that might be, was the only option."
As the novel advances, Ethan's relationship with Hannah becomes more and more complex and consuming, and he drifts away from Todd, while the latter has to come to grips with his gayness. He does not identify with gay boys at school, "little faggots like Jeremy, scrawny, lisping queens - kids who had been kicked out of their homes, kids who were beaten up at school". He feels the need to talk to someone, but doesn't know who to turn to, torn between Ben, a gay masculine writer 10 years his senior who lives in Soho, Nick, his mother's agent, and his effete boyfriend Eduardo, Kyle, Alex's older brother who, he discovers, has recently come out ("It had never occurred to him that Kyle Roth might be gay. How could a family like the Roths (rich, successful, conservative) produce a gay son?"). He wonders how his mother ("It would thrill her, he couldn't bear it."), his brother would react to his own coming out...
Tom Dolby's novel provides powerful insights into the life of young gay men, seen from their perspective. Many gay men will remember things they felt when they were going through the same journey as Todd. What it is like to kiss a man: "But he didn't want a girl's kiss, sweet like fruit. There was no mystery in her, no deep caverns to explore. He recalled his kisses with Ben, his kiss with Ethan. It was different, a guy's kiss, skin rough and scratchy like sandpaper, teeth harder, larger, tongue more firmly pressed against lips." What it is about having sex for the first time with a man: "It was happening so quickly, so easily. Was this what sex was like between men? Were they even about to have sex? Would Ben just stick it in him, or would it happen the other way around? Was that something people did on a first date? Was this even a date?" He knows he is gay, but he does not want to be perceived as such, and he is still full of prejudices.
The Sixth Form is also an insider's account of the life in the privileged prep schools in America. It is also about the divide between generations, and, besides generations, between people. Most characters in the book go on with their lives, without even their closest relatives or friends suspecting what is going on. When Ethan opens a book he grabs from his mother's nightstand, during an afternoon he is spending at her bedside, a sentence stands out, underlined by a light pencil: We do not know our own souls, let alone the souls of others. It is from a book by Virginia Wolff (On Being Ill) and it provides a good sense of what Dolby's novel is about.

I had just finished reading
The Sixth Form and writing this post when I came across a report in the New York Times. Lawrence King, an unlucky 15-year-old Californian boy, was shot to death last week in Oxnard, a small beach community just north of Malibu. Having started wearing mascara, lipstick and jewelry to school, he said publicly in the recent weeks that he was gay. The 14-year-old classmate who shot him has been charged with murder as a premeditated hate crime...

2008.02.24