dimanche 25 novembre 2007

Les bonobos (suite), le New York Times et Michel Desgranges

En page 5 du New York Times de ce mardi, entre un jeune asiatique ambitieux faisant la publicité pour un costume Kenneth Cole chez Macy's et un éphèbe au regard inquiet posant en slip pour Jockey chez Bloomingdale's, un bref article nous apprend que le Congo a décidé de créer une réserve afin de protéger les bonobos, victimes de la déforestation et des contrebandiers. Comme vous le savez si vous lisez le New Yorker ou cette modeste chronique les bonobos sont nos proches cousins, sans nos penchants agressifs. Ils sont réputés faire l'amour, pas la guerre, et vivent dans la forêt tropicale sur la rive sud du fleuve Congo. Leur chair est recherchée par les tributs locales pour leur vertus fortifiantes chez les enfants. Leur nombre a substantiellement diminué ces dernières années.

Le
New York Times a pendant longtemps été la bête noire des organisations gaies. Que peut-on dire d'un journal qui jusqu'à la fin des années 80 se refusait à désigner les gais autrement que comme des "avowed homosexuals", demande Betty Pearl dans son guide queer de New York, le meilleur - et pratiquement seul - guide de son genre pour la ville, déjà un peu daté, mais un bon début quand même (Betty & Pansy's Severe Queer Review of New York, 3rd edition, Cleis Press, 2003). Aujourd'hui le journal publie dans son édition dominicale des faire-part de mariage entre personnes de même sexe, facilement identifiables grâce aux photographies des conjoints accompagnant les notices. Le New York Times, disais-je, reste l'un des journaux les plus respectés dans le monde, avec ses travers bien entendu (mais plutôt moins accentués que chez Le Monde, par exemple). Il traverse une crise, comme la plupart des titres de la presse écrite, face au développement d'internet et autres médias. Son format est devenu plus étroit depuis le mois d'août, afin de standardiser son impression (et réduire les coûts). Hélas, depuis, le bord de certaines pages baigne dans des bavures énervantes, et il est devenu difficile à plier. Petites nuisances pour les amateurs de papier. Cette semaine, dans un ambiance morose, le journal a transféré son siège de l'immeuble qu'il occupait depuis plus d'un siècle sur la 43ème rue (leur 5, rue des Italiens) pour un nouveau gratte-ciel imaginé parRenzo Piano sur la 8ème avenue (leur bd Auguste Blanqui, le NYT ayant évité, lui, le nomadisme du Monde entre 1990 et 2006). Ce dernier s'élève en face du Port Authority Terminal, et semble très banal de loin, lorsqu'on l'aperçoit en marchant sur la 40ème rue depuis Bryant Park. Sa grande particularité extérieure est d'avoir les façades recouvertes de sortes de stores constitués de cylindres en céramique. Mais ces derniers ne jouent leur rôle d'habillage que lorsque l'on est aux pieds de l'immeuble qui semble, alors, véritablement s'élancer vers les cieux. "Tout en s'adaptant à leur nouvelle maison, les journalistes du Times sont inquiets pour leur futur. Tandis que l'espace publicitaire décline, le journal rétrécit littéralement: la largeur de ses pages a été réduite en août. Certains sont convaincus que les journaux sous forme imprimée n'existeront plus dans une génération," écrit le critique d'architecture du journal.

La semaine dernière, dans sa libre chronique du vendredi, Michel Desgranges, Président du Conseil de Surveillance des Belles Lettres, tirait à boulets rouges sur l'ouvrage de Sandra Boehringer,
L'homosexualité féminine dans l'Antiquité grecque et romaine, publié par sa propre maison d'édition, et en profitait pour plus qu'égratigner les Gender Studies ("en français: propagande féministe") et Michel Foucault ("prolifique touche-à-tout de l'espèce philosophe dont l'oeuvre recèle de fulgurantes intuitions noyées dans un n'importe quoi clinquant, de l'apologie servile del'iman Khomeyni à la célébration du fist-fucking en passant par une surprenante Histoire de la sexualité"). On peut résumer sa critique en citant l'un de ses passages le moins violent: "Ouvrage tout à fait remarquable, puisque son ambition est de traiter en quatre cents pages d'un sujet inexistant en se fondant sur un matériau que l'on peut rassembler, avec une grande bonne volonté, en une demi-douzaine de pages." Caroline Noirot, la Présidente du Directoire de la maison d'édition, défend cette semaine dans un email sa décision de publier l'ouvrage. Le lendemain, imperturbable, Michel Desgranges parle dans sa chronique de L'Art d'enseigner de Martin Heidegger...

2007.11.25