dimanche 9 septembre 2007

Larry Craig, sénateur de l'Idaho

Dimanche 2 septembre 2007

Le scandale a éclaté soudainement et pris des proportions inimaginables. Pour le commun des mortels tout a commencé mardi matin (28 août). J'ai personnellement entendu l'information sur
NPR dans la voiture. Pour les gens du sérail, journalistes, commentateurs, stratèges politiques et autres consultants, les téléphones portables et les blackberries ont commencé à vibrer dès lundi. Mardi soir les médias télévisés lui accordaient une place de choix et repassaient en boucle la conférence de presse où Larry Craig avait lu une déclaration quelques heures plus tôt dans la journée: "Je ne suis pas gay. Je n'ai jamais été gay."
Reprenons. Lundi
Roll Call, un journal du Capitol, révèle que le sénateur de l'Idaho a été arrêté en juin dans des toilettes publiques de l'aéroport de Minneapolis après avoir fait des avances à un policier en civil qui surveillait les lieux. Tous les détails du comportement du sénateur sont fournis: une chorégraphie qui aurait plu à Marcel Proust, un véritable guide pratique pour tout amateur. (Quelques jours plus tard la bande sonore de la confrontation entre le policier et le sénateur, immédiatement après son arrestation, sera diffusée sur internet.) Ce dernier soutient que le policier s'est mépris sur ses intentions. Début août, espérant que l'affaire restera confidentielle, il plaide coupable de conduite contraire aux bonnes moeurs et paie une amende de 500 dollars.
Le lendemain des révélations de
Roll Call, l'Idaho Statesman, le principal quotidien de l'Idaho, publie un long papier reprenant l'enquête qu'il a conduite pendant plusieurs mois l'hiver dernier, cherchant à vérifier les accusations d'un blogger sur l'homosexualité présumée du sénateur. A l'époque le journal avait décidé de ne pas publier d'article après une confrontation avec Larry Craig et son épouse où ce dernier avait nié en bloc. (Mercredi, la bande de cet entretien circulait sur internet.)
Peu après que les informations soient sorties cette semaine les ténors républicains ont appelé à sa démission et l'ont déchu de ses fonctions dans plusieurs commissions du sénat. Mitt Romney, l'un des principaux candidats à l'investiture républicaine pour les élections présidentielles de 2008, lui a retiré la présidence de sa campagne présidentielle au sénat. La menace d'une enquête parlementaire, enfin, a probablement conduit le sénateur à annoncer sa démission samedi, moins d'une semaine après l'article de
Roll Call.
Évidemment le scandale fait un peu désordre chez les Républicains, un an après l'affaire Foley, et deux mois après l'arrestation d'un représentant de Floride pour une histoire de fellation dans des toilettes publiques d'un parc.
Larry Craig n'a pas besoin qu'on prenne sa défense. Il s'est toujours opposé au mariage gay et à la pénalisation de l'homophobie. Deux choses sont tout de même choquantes. Que des agents de la force publique soient planqués dans des toilettes publiques pour arrêter des hommes draguant d'autres hommes est choquant. Que les amis politiques de Larry Craig l'aient lâché si vite parce qu'il s'agit d'une affaire gay ne l'est pas moins.