mardi 7 août 2007

La cage aux folles, les bonobos et John Weir

Dimanche, 5 août 2007

L'ironie du sort veut que j'aie été voir
I Pronounce You Larry and Chuck (Dennis Dugan, Universal) le jour même où disparaissait Michel Serrault, surtout connu aux Etats-unis pour La cage aux folles. Les critiques du New York Times et du Wall Street Journal sont mauvaises, stigmatisant les stéréotypes du film. L'histoire est celle de deux pompiers de New York, meilleurs copains du monde dans la vie. Pour faire bénéficier ses deux jeunes enfants de son assurance-décès Larry, inconsolable depuis la mort de sa femme, convainc Chuck de contracter un partenariat avec lui, puis, enquête de la compagnie d'assurance oblige, de se marier (au Canada), etc, etc, etc. C'est vrai que le film n'est pas bon, mais on ne peut s'empêcher de rire.

Dans le train, en me rendant à Manhattan, je lis un article du
New Yorker sur les bonobos. Je me surprends parfois à lire des choses incroyables. Les bonobos sont les cousins des chimpanzés. Ils vivent sur la rive sud du fleuve Congo. Ils ont la réputation d'être de véritables hippies et de faire l'amour, pas la guerre. Leurs groupes sont dominés par les femelles, non par les mâles, et leur sexualité est débridée. Frans de Waal est devenu célèbre en les étudiant en captivité et leur a consacré plusieurs publications dont un livre de photographies qui ont fait le tour du monde (Bonobo: The Forgotten Ape, 1997). Dans un papier scientifique issu de ses observations dans le zoo de San Diego (Californie) en 1983-1984 il rapportait que ces singes semblaient forniquer plus souvent, et de façon plus variée, que nécessaire. Il décrivait 17 épisodes de fellations (en lisant cela je ne peux m'empêcher de me demander s'il s'agissait de fellations hétéro ou homosexuelles, et si les singes avalaient...) et 420 acouplements à la missionnaire. Il constata également 43 baisers, certains avec de longs contacts entre les langues.
Ian Parker, l'auteur du papier dans le
New Yorker, a suivi en Afrique Gottfried Hohmann, un anthropologue allemand, qui étudie les bonobos sur le terrain. Leur comportement et leur organisation semblent plus complexes en liberté qu'en captivité. Hohmann espère mieux les comprendre. Il ne publiera pas de livre avant. Je l'attends avec impatience.

On est vendredi soir. Je veux assister à une réunion du Center (le centre LGBT) dans Greenwich Village, mais elle ne commence qu'à 20h. En attendant je vais me promener. Je me dirige instinctivement vers la librairie Three Lives & Co. Je cherche un roman pour me distraire. La librairie occupe un angle entre la 10ème rue et Waverly Place, en face d'un des plus vieux bars gays du Village, Julius'. Je finis par sélectionner un petit volume publié chez Penguin en paperback:
What I did wrong, de John Weir. Je n'ai jamais entendu parler ni de l'auteur ni du livre qui est paru en 2006 chez Viking. Le texte n'est pas trop long, 240 pages environ. Le résumé en quatrième de couverture ne me laisse pas indifférent. Le narrateur, un homosexuel de 42 ans, professeurd'Anglais au Queens College et vivant à Manhattan, est hanté par la disparition du plus proche de ses amis décimés par le Sida. Il remet au cause toutes les certitudes qu’il avait au sujet de son homosexualité. Une citation de Edmund White imprimée au dessus du titre finit de me convaincre (“…l’un des meilleurs livres sur la vie des gens ordinaires à New York aujourd ’hui.”), ainsi que quelques phrases glanées sur la première page: “Je suis dans le Village, assis dans un café, et je bois du thé noir, rechargeant les batteries pour les cent prochaines années, en lisant Ravelstein de Saul Bellow qui raconte l'histoire d'un mort”.
Je pensais que les livres sur le sida c'était fini. Mais le narrateur est arrivé à New York en même temps que le sida, dit-il. Et la plupart des gays qu'il rencontre vont mourir. Zack est le grand portrait du livre. Insupportable, désagréable, tyrannique, capricieux, égocentrique, provocateur, c'est le meilleur ami du narrateur. Même lorsqu'il est en phase terminale de sa maladie, ayant perdu plus d'un tiers de son poids et en proie à une diarrhée quasi permante il demeure fidèle à son personnage. Lorsque Ava, leur amie commune, rapporte au narrateur que Zack a demandé de ses nouvelles, il réalise que c'est la fin.
Le livre est plein de références littéraires (de Melville à Cheever), souvent drôle, et truffé d'invraisemblables coïncidences. Et il donne effectivement une bonne description de la façon dont vit à New York un professeur de collège homosexuel, écrivain, en ce début de siècle. La tension du roman est maintenue par l'amour qui naît entre ce dernier et l'un de ses étudiants, poète en herbe, a priori hétérosexuel: coucheront-ils ensemble?