mardi 21 août 2007

Enquêtes sexuelles et mathématiques, Yale

Dimanche, 19 août 2007

On lit souvent dans les enquêtes sur les comportements sexuels que les hommes ont, en moyenne, plus de partenaires sexuels que les femmes. Ce qui ne surprend guère personne. Eh bien, ce n'est pas possible! Mathématiquement ce nombre doit être le même, nous apprend un article du
New York Times. L'hypothèse avancée pour expliquer la différence? Les femmes minimisent leur nombre de partenaires parce que, culturellement, elles ne sont pas censées en avoir un grand nombre; les hommes les majorent pour la raison inverse!

J'ai été invité cette semaine à une exposition à la Bienecke Library de Yale. Un des senior partners de la Law Firm avec laquelle nous travaillons, un ancien de Yale, collectionne depuis les années 90 des éditions originales de Rudyard Kipling. À l'occasion du quarantième anniversaire de sa promotion, qui tombait cette année, il a décidé de faire don de sa collection à la Bienecke Library où sont conservés les livres anciens et les manuscrits de l'Université. Il organisait ce mardi 14 août une visite guidée de sa collection suivie d'un cocktail.
Comme une grande partie de la côte du Connecticut, New Haven se dévoile aux visiteurs par des faubourgs peu attirants, fruits d'une désindustrialisation rampante dans la seconde moitié du siècle dernier.
Lorsqu'on arrive aux abords du campus de Yale l'impression est d'autant plus contrastée: petites rues tranquilles bordées d'édifices gothiques séparés par des cours ou des pelouses.
De l'extérieur le bâtiment abritant la bibliothèque, inauguré en 1963, semble assez banal hormis l'absence de fenêtres: un bloc de granit et de marbre de cinq étages reposant sur une structure centrale et quatre pieds en forme de pyramides tronquées aux angles. L'intérieur est autrement impressionnant. C'est un hall aux dimensions et à l'atmosphère de cathédrale dont le centre est occupé par une tour de verre géante où sont conservés les livres. Les murs extérieurs s'élèvent sur toute la hauteur du bâtiment. Le réseau géométrique de granit délimite de grands panneaux carrés de marbre gris du Vermont, translucides, de 3 cm d'épaisseur, qui s'animent de couleurs fauves variant au gré de l'exposition solaire. Le dispositif protège les volumes des rayons ultraviolets tout en procurant un éclairage naturel et vivant. L'effet est saisissant.
Très peu d'invités sont déjà arrivés. L'épouse de David Richards me donne quelques précisions sur l'origine de la collection. Elle était la secrétaire du président de l'Université dont les bureaux se trouvent en face de la Bibliothèque lorsqu'elle fit la connaissant de David qui suivait les cours de la faculté de droit. La collection est évaluée à un million et demi de dollars, me dit-elle. Les invités sont principalement des clients et quelques partners. Ces derniers, tous en costumes et en cravates, ont une allure très traditionnelle, conservatrice. Même les plus jeunes ont l'air vieux. Vers 19h David commence la visite guidée. Il est en costume Prince de Galles croisé, chemise rayée et cravate. Il parle presque sans interruption, la voix cassée, lunettes à monture dorée, l'épaule droite plus basse que l'autre, un verre de vin rouge au bout du bras gauche qui pend le long de son corps. La voix n'est pas désagréable, même si elle est un peu monocorde. Je n'arrive pas vraiment à m'intéresser à Rudyard Kipling.
Je suis retourné ce week-end à New Haven. Son atmosphère est décidément très gaie, même en ce mois d'août où l'université est désertée par les étudiants. D'ailleurs je tombe, en surfant sur le net, sur une exposition qui fut présentée à Yale en 2004 intitulée
The Pink and The Blue: 
Lesbian and Gay Life at Yale and in Connecticut, 1642-2004. Larry Kramer, Eve Kosofsky Sedgwick, George Chauncey, John Boswell, David Leavitt, Judith Butler, icônes du monde intellectuel gay de la seconde moitié du XXème siècle, furent tous des élèves ou des professeurs de Yale. Dans une de ses premières nouvelles David Leavitt, dont le prochain roman, The Indian Clerk, paraît le mois prochain, qualifait Yale de "l'école gaie".