mercredi 29 août 2007

Back to school, And the Band Played on

Dimanche 26 août 2007

C'est bientôt la rentrée pour les élèves américains, back to school comme on dit ici. Les bus jaunes vont à nouveau sillonner les routes du pays. Dans le comté de Montgomery au Maryland, les élèves de grades 8 (notre 4ème) et 10 (notre seconde) devraient, dans le cadre de leurs cours d'éducation sexuelle, recevoir une formation sur l'homosexualité. Son principal message: respect et tolérance envers les autres et envers soi. Le comté de Montgomery est une enclave privilégiée et libérale au nord de la capitale américaine. L'attitude de ses habitants va bien au-delà de celle de l'Amérique moyenne. Que les fanatiques se rassurent: le nombre de gays n'augmentera pas dans le comté de Montgomery. Peut-être y aura-t-il simplement moins d'adolescents dépressifs et suicidaires.

Le
New York Times de dimanche dernier publiait le portrait d'un couple gay ayant adopté un enfant. Cela ressemble à s'y méprendre à ce qui se passe chez les couples hétérosexuels.
And the Band Played On, publié par Randy Shilts en 1987 raconte l'histoire des premières années de l'épidémie de Sida. C'est un récit précis écrit de l'intérieur par un ancien journaliste du San Francisco Chronicle qui suivit l'épidémie depuis le début. C'est aussi un portrait vivant des mentalités de l'époque. (Ça se lit comme un polar)
Entre les années 80 qui représentent l'aboutissement de la période post-Stonewall et de ses mouvements de libérations homosexuels, et aujourd'hui, où le
New York Times publie les faire-part de mariages gay, quel changement! Les gays exigeaient de pouvoir vivre librement leur identité (avec tous les excès que cela signifiait, notamment sexuels). Aujourd'hui ils veulent simplement vivre comme tout le monde.

Très bon papier sur la maladie de Lesch-Nyhan dans le
New Yorker du 13 août. Comme d'habitude: captivant, bien documenté, se lisant tout seul. La maladie, liée à une mutation sur un gène porté par le chromosome X, se traduit par des troubles moteurs et une auto-agressivité qui conduit à des mutilations plus ou moins importantes (plutôt plus que moins). Les malades savent qu'ils se font du mal mais ils n'y peuvent rien. L'auteur de l'article raconte la découverte de la maladie dans les années 60 par le Dr. Nyhan et l'étudiant en médecine Lesch. Il décrit sa rencontre et ses entretiens avec deux adultes atteints par la maladie. C'est assez étonnant.

mardi 21 août 2007

Enquêtes sexuelles et mathématiques, Yale

Dimanche, 19 août 2007

On lit souvent dans les enquêtes sur les comportements sexuels que les hommes ont, en moyenne, plus de partenaires sexuels que les femmes. Ce qui ne surprend guère personne. Eh bien, ce n'est pas possible! Mathématiquement ce nombre doit être le même, nous apprend un article du
New York Times. L'hypothèse avancée pour expliquer la différence? Les femmes minimisent leur nombre de partenaires parce que, culturellement, elles ne sont pas censées en avoir un grand nombre; les hommes les majorent pour la raison inverse!

J'ai été invité cette semaine à une exposition à la Bienecke Library de Yale. Un des senior partners de la Law Firm avec laquelle nous travaillons, un ancien de Yale, collectionne depuis les années 90 des éditions originales de Rudyard Kipling. À l'occasion du quarantième anniversaire de sa promotion, qui tombait cette année, il a décidé de faire don de sa collection à la Bienecke Library où sont conservés les livres anciens et les manuscrits de l'Université. Il organisait ce mardi 14 août une visite guidée de sa collection suivie d'un cocktail.
Comme une grande partie de la côte du Connecticut, New Haven se dévoile aux visiteurs par des faubourgs peu attirants, fruits d'une désindustrialisation rampante dans la seconde moitié du siècle dernier.
Lorsqu'on arrive aux abords du campus de Yale l'impression est d'autant plus contrastée: petites rues tranquilles bordées d'édifices gothiques séparés par des cours ou des pelouses.
De l'extérieur le bâtiment abritant la bibliothèque, inauguré en 1963, semble assez banal hormis l'absence de fenêtres: un bloc de granit et de marbre de cinq étages reposant sur une structure centrale et quatre pieds en forme de pyramides tronquées aux angles. L'intérieur est autrement impressionnant. C'est un hall aux dimensions et à l'atmosphère de cathédrale dont le centre est occupé par une tour de verre géante où sont conservés les livres. Les murs extérieurs s'élèvent sur toute la hauteur du bâtiment. Le réseau géométrique de granit délimite de grands panneaux carrés de marbre gris du Vermont, translucides, de 3 cm d'épaisseur, qui s'animent de couleurs fauves variant au gré de l'exposition solaire. Le dispositif protège les volumes des rayons ultraviolets tout en procurant un éclairage naturel et vivant. L'effet est saisissant.
Très peu d'invités sont déjà arrivés. L'épouse de David Richards me donne quelques précisions sur l'origine de la collection. Elle était la secrétaire du président de l'Université dont les bureaux se trouvent en face de la Bibliothèque lorsqu'elle fit la connaissant de David qui suivait les cours de la faculté de droit. La collection est évaluée à un million et demi de dollars, me dit-elle. Les invités sont principalement des clients et quelques partners. Ces derniers, tous en costumes et en cravates, ont une allure très traditionnelle, conservatrice. Même les plus jeunes ont l'air vieux. Vers 19h David commence la visite guidée. Il est en costume Prince de Galles croisé, chemise rayée et cravate. Il parle presque sans interruption, la voix cassée, lunettes à monture dorée, l'épaule droite plus basse que l'autre, un verre de vin rouge au bout du bras gauche qui pend le long de son corps. La voix n'est pas désagréable, même si elle est un peu monocorde. Je n'arrive pas vraiment à m'intéresser à Rudyard Kipling.
Je suis retourné ce week-end à New Haven. Son atmosphère est décidément très gaie, même en ce mois d'août où l'université est désertée par les étudiants. D'ailleurs je tombe, en surfant sur le net, sur une exposition qui fut présentée à Yale en 2004 intitulée
The Pink and The Blue: 
Lesbian and Gay Life at Yale and in Connecticut, 1642-2004. Larry Kramer, Eve Kosofsky Sedgwick, George Chauncey, John Boswell, David Leavitt, Judith Butler, icônes du monde intellectuel gay de la seconde moitié du XXème siècle, furent tous des élèves ou des professeurs de Yale. Dans une de ses premières nouvelles David Leavitt, dont le prochain roman, The Indian Clerk, paraît le mois prochain, qualifait Yale de "l'école gaie".

lundi 13 août 2007

The Secret Live of Married Men

Dimanche, 12 août 2007

Je ne lis habituellement pas le
New York Magazine. Je devrais probablement car il y a de temps en temps dans cet hebdomadaire des articles intéressants. Par exemple des tuyaux sur les meilleurs hamburgers de la ville (Resto, 111 E. 29th St.). Mais ce n'est pas pour cela que je vous en parle. Un des participants à la réunion du Center à laquelle j'ai participé un soir de la semaine dernière a mentionné, à la fin de la réunion, qu'il y avait dans le dernier numéro du New York Magazine un article sur un homme gay, marié, père d'un jeune enfant, menant une double vie depuis une vingtaine d'années. L'histoire est en fait assez banale. Plusieurs livres (voir par exemple, The Secret Lives of Married Men, David Leddick, 2003, Alyson et The Confession, James McGreevey, 2006, Regan) ont été publié sur ce thème. Une jeunesse dans le placard, à New York, où il n'ose pas assumer son homosexualité, faite de rencontres sans lendemain. Une pression sociale qui conduit au mariage avec une jeune femme dont il se dit amoureux à l'aube de la trentaine. Puis la double vie qui dure jusqu'à ce jour. David Amsden, l'auteur de l'article, a beau avoir du mal à imaginer un homme gay dans le placard à New York en 2007, il est obligé de se rendre à l'évidence. Et celui qu'il nomme William n'est pas seul. Le New York Times avait publié l'an dernier un très bon papier sur le sujet intitulé: "When the beard is too painful to remove" de Jane Gross (3 août 2006).

mardi 7 août 2007

La cage aux folles, les bonobos et John Weir

Dimanche, 5 août 2007

L'ironie du sort veut que j'aie été voir
I Pronounce You Larry and Chuck (Dennis Dugan, Universal) le jour même où disparaissait Michel Serrault, surtout connu aux Etats-unis pour La cage aux folles. Les critiques du New York Times et du Wall Street Journal sont mauvaises, stigmatisant les stéréotypes du film. L'histoire est celle de deux pompiers de New York, meilleurs copains du monde dans la vie. Pour faire bénéficier ses deux jeunes enfants de son assurance-décès Larry, inconsolable depuis la mort de sa femme, convainc Chuck de contracter un partenariat avec lui, puis, enquête de la compagnie d'assurance oblige, de se marier (au Canada), etc, etc, etc. C'est vrai que le film n'est pas bon, mais on ne peut s'empêcher de rire.

Dans le train, en me rendant à Manhattan, je lis un article du
New Yorker sur les bonobos. Je me surprends parfois à lire des choses incroyables. Les bonobos sont les cousins des chimpanzés. Ils vivent sur la rive sud du fleuve Congo. Ils ont la réputation d'être de véritables hippies et de faire l'amour, pas la guerre. Leurs groupes sont dominés par les femelles, non par les mâles, et leur sexualité est débridée. Frans de Waal est devenu célèbre en les étudiant en captivité et leur a consacré plusieurs publications dont un livre de photographies qui ont fait le tour du monde (Bonobo: The Forgotten Ape, 1997). Dans un papier scientifique issu de ses observations dans le zoo de San Diego (Californie) en 1983-1984 il rapportait que ces singes semblaient forniquer plus souvent, et de façon plus variée, que nécessaire. Il décrivait 17 épisodes de fellations (en lisant cela je ne peux m'empêcher de me demander s'il s'agissait de fellations hétéro ou homosexuelles, et si les singes avalaient...) et 420 acouplements à la missionnaire. Il constata également 43 baisers, certains avec de longs contacts entre les langues.
Ian Parker, l'auteur du papier dans le
New Yorker, a suivi en Afrique Gottfried Hohmann, un anthropologue allemand, qui étudie les bonobos sur le terrain. Leur comportement et leur organisation semblent plus complexes en liberté qu'en captivité. Hohmann espère mieux les comprendre. Il ne publiera pas de livre avant. Je l'attends avec impatience.

On est vendredi soir. Je veux assister à une réunion du Center (le centre LGBT) dans Greenwich Village, mais elle ne commence qu'à 20h. En attendant je vais me promener. Je me dirige instinctivement vers la librairie Three Lives & Co. Je cherche un roman pour me distraire. La librairie occupe un angle entre la 10ème rue et Waverly Place, en face d'un des plus vieux bars gays du Village, Julius'. Je finis par sélectionner un petit volume publié chez Penguin en paperback:
What I did wrong, de John Weir. Je n'ai jamais entendu parler ni de l'auteur ni du livre qui est paru en 2006 chez Viking. Le texte n'est pas trop long, 240 pages environ. Le résumé en quatrième de couverture ne me laisse pas indifférent. Le narrateur, un homosexuel de 42 ans, professeurd'Anglais au Queens College et vivant à Manhattan, est hanté par la disparition du plus proche de ses amis décimés par le Sida. Il remet au cause toutes les certitudes qu’il avait au sujet de son homosexualité. Une citation de Edmund White imprimée au dessus du titre finit de me convaincre (“…l’un des meilleurs livres sur la vie des gens ordinaires à New York aujourd ’hui.”), ainsi que quelques phrases glanées sur la première page: “Je suis dans le Village, assis dans un café, et je bois du thé noir, rechargeant les batteries pour les cent prochaines années, en lisant Ravelstein de Saul Bellow qui raconte l'histoire d'un mort”.
Je pensais que les livres sur le sida c'était fini. Mais le narrateur est arrivé à New York en même temps que le sida, dit-il. Et la plupart des gays qu'il rencontre vont mourir. Zack est le grand portrait du livre. Insupportable, désagréable, tyrannique, capricieux, égocentrique, provocateur, c'est le meilleur ami du narrateur. Même lorsqu'il est en phase terminale de sa maladie, ayant perdu plus d'un tiers de son poids et en proie à une diarrhée quasi permante il demeure fidèle à son personnage. Lorsque Ava, leur amie commune, rapporte au narrateur que Zack a demandé de ses nouvelles, il réalise que c'est la fin.
Le livre est plein de références littéraires (de Melville à Cheever), souvent drôle, et truffé d'invraisemblables coïncidences. Et il donne effectivement une bonne description de la façon dont vit à New York un professeur de collège homosexuel, écrivain, en ce début de siècle. La tension du roman est maintenue par l'amour qui naît entre ce dernier et l'un de ses étudiants, poète en herbe, a priori hétérosexuel: coucheront-ils ensemble?

Jeux de Dames, athlètes et cowboys

Dimanche, 29 juillet 2007

Le jeu de Dames a été résolu. Des chercheurs de l'Université d'Alberta qui travaillent depuis des années sur un programme de jeu de Dames qu'ils ont baptisé Chinook viennent de publier un article dans la revue
Science dans lequel ils prouvent qu'ils ont résolu le jeu: deux opposants jouant parfaitement ne peuvent obtenir qu'une nulle. Autrement dit, le jeu de Dames est réduit à un simple morpion. 500 milliard milliard positions possibles, contre 765 pour le morpion cependant...A quand le jeu d'échecs? D'après les spécialistes les échecs ne sont pas près d'être résolus en raison de leur complexité qui est d'un autre niveau...

David Mixner consacre son posting du 25 juillet au dernier livre de Patricia Nell Warren,
The Lavender Locker Room, sur les athlètes homosexuels des trois derniers millénaires. Rien que cela... Il en fait l'éloge, qualifiant le livre de drôle, intéressant et important. Il rappelle que Warren a fait rêver les gens de sa génération avec son roman The Front Runner, racontant l'amour d'un coach pour un joueur. Ce livre fut le premier best seller à s'attaquer au mythe de l'absence d'homosexuels dans le sport. Il ouvrit la voie à une vague d'articles de presse sur l'homosexualité dans le monde du sport, et fut d'une certaine manière une inspiration pour quelques stars qui firent leur coming out.

Dans un numéro de juin du
New Yorker je tombe sur une critique de rééditions récentes en DVD de films de Howard Hawks. Sa lecture me donne envie de revoir Scarface (Universal, 1932) et Rio Bravo (Warners, 1959). C'est dans Scarface que se trouve cette scène célèbre où le gangster Guino surprend son compère Tony Camonte jouant avec le canon du pistolet d'Angelo, son homme à tout faire: l'embarra collectif visible sur toutes les faces en dit long sur ce que Hawks avait en tête. Dans Rio Bravo John T. Chance (John Wayne), le shérif d'une petite bourgade, retient dans sa prison un meurtrier que son frère et ses hommes de main essayent de libérer. Autour de Chance gravitent trois hommes dans une danse homo-érotique.