jeudi 26 juillet 2007

I should have known, Memories of a Gay Married Man

Dimanche, 22 juillet 2007

The Advocate, le magazine national gay le plus influent aux États-Unis, vient de décider d'offrir à ses abonnés la possibilité de ne plus recevoir leurs numéros 'sous plis discrets'. Jusqu'à présent les abonnés recevaient, deux fois par mois, leur magazine dans une enveloppe en plastique gris. Dorénavant ils pourront supprimer cette option en se rendant sur le site web du journal. Une enquête menée auprès d'un groupe d'abonnés a révélé que la grande majorité d'entre eux étaient favorables à cette mesure.

Le Sénat doit confirmer dans ses fonctions le Surgeon General nominé par le président Bush. Les auditions ont eues lieu la semaine dernière. Son prédécesseur, qui a fini un mandat de 4 ans en juillet 2006, a récemment déclaré à une commission d'enquête de la Chambre des Représentants qu'il avait fait l'objet de pressions constantes de la part de collaborateurs du président pour qu'il adapte son discours aux positions de la droite conservatrice, par exemple sur l'éducation sexuelle, la thérapie génique, etc. Le Surgeon General est la plus haute autorité médicale du pays. Il conseille le Secrétaire à la Santé sur les sujets de Santé publique et scientifiques. En mai George W. Bush nommait le Dr. James W. Holsinger, Jr. à ce poste. Ce dernier, professeur de médecine de l'Université de Kentucky, s'est fait connaître pour sa lutte contre le tabac et l'obésité des enfants. Un choix consensuel, semblait-il. C'était sans compter sur les groupes de défense des droits gays qui ont dénoncé un rapport, rédigé par le Dr. Holsingeren 1991 à la demande d'une église, dans lequel il qualifiait les actes sexuels homosexuels de malsains et contre-nature. Sous un barrage de questions il s'est défendu en affirmant que le rapport ne correspondait pas à ses vues actuelles, n'était pas destiné à être publié et était loin de constituer un travail scientifique. S'il est confirmé, il démissionnerait plutôt que d'accepter de dire n'importe quoi, a-t-il ajouté. Ah bon? Le vote du Sénat est prévu en septembre.

Un livre récent,
I Should Have known, Memories of a Gay Married Man, de Dean Gardner Ostrum, trouvé dans la libraire Three Lives & Company de Greenwich Village, m'incite à vous parler d'autobiographies publiées ces dernières années par des homosexuels ayant été mariés. En plus de celle d'Ostrum, j'extirpe de ma bibliothèque les ouvrages suivants: Going the Other Way de Billy Bean (Marlowe & Company, 2003) et The Confession de James E. McGreevey (Regan, 2006).
L'ouvrage de McGreevey, l'ancien gouverneur du New Jersey, n'exsude pas la sincérité. On le sent encore en campagne.
Le livre d'Ostrum me paraît sincère. Même si certains passages sont superflus et ressemblent à des pièces rapportées, et le point de vue très américain, truffé de remerciements (à mon père, à ma mère, à mon ex-femme, à mes enfants, à mes amis, qui m'ont accepté tel que je suis, et m'ont permis de vivre ouvertement ma vraie nature, même si je ne le mérite pas après tout le mal que je leur ai fait, sans le vouloir, etc, etc, etc), l'ensemble est un témoignage direct intéressant, atypique, d'une homme vivant sans honte, dans les années qui suivirent la deuxième guerre mondiale, son homosexualité et une double-vie. Surtout, ce qui est extraordinaire, c'est de découvrir un homme qui commence à vivre ouvertement son homosexualité à l'âge de 55 ans, tout en enchaînant une nouvelle activité professionnelle, ou semi-professionnelle, après avoir pris sa retraite de juriste. Bien sûr cela se passe à New York. Mais tout a commencé des années plus tôt, en 1922, dans une petite ville du Kansas, dans l'Amérique profonde, lorsque naît le petit Dean. Il nous raconte son enfance et son adolescence. Il sort avec des filles, mais il les respecte, comme le veut alors la morale publique, et trouve un exutoire au trop plein d'énergie sexuelle dans la masturbation réciproque avec des camarades (dont la plupart, d'ailleurs, sont hétérosexuels) au lycée et à l'université. Il se marie avec une étudiante alors qu'il est encore à l'université. Ils auront quatre enfants. Il est mobilisé en 1943 et participe au débarquement l'année suivante. Première expérience homosexuelle, depuis qu'il est marié, avec un officier à Berlin à la fin de la guerre. Par la suite il mènera une double vie en ayant des relations homosexuelles plus ou moins suivies tout en vivant une vie rangée de père de famille: il profite du meilleur des deux mondes, se dit-il. Son travail l'amène a déménager plusieurs fois à travers les Etats-unis, jusqu'à son installation dans la région de New York. En 1977 sa femme le confronte: "Tes enfants veulent savoir si Richard est ton amant?" Plusieurs choses m'ont déplu dans cet autoportrait: les photos de vacances, tellement stereotypées, avec son compagnon dans les caraïbes; la liaison temporaire qu'il entretien avec un styliste californien rencontré à Paris, nettement plus jeune que lui, dont la photo dans le Grand Canyon révèle une physionomie typée; surtout, si j'ai bien compris, une vie sexuelle d'où est absente la pénétration, ce qui pour moi dénote une intimité inaboutie (ai-je tort?).
Le livre de Billy Bean, un ancien joueur de baseball professionnel, est différent. Son mariage n'a duré que trois ans, avec peu de périodes de vie commune à cause de son activité professionnelle, et il n'a pas eu d'enfants. J'en ai gardé le souvenir d'un des meilleurs récits de découverte et d'acceptation de sa sexualtié par un homosexuel. Il faudrait que je le relise...

mercredi 18 juillet 2007

The gayest house in America

Dimanche 15 juillet 2007

Je voulais vous parler de la Glass House qui vient d'ouvrir au public à New Canaan dans le Connecticut. Il s'agit de la maison que l'architecte américain Philip Johnson s'est fait construire à une quarantaine de kilomètres de New York pour y passer ses week-ends. Philip Johnson au cours de sa longue vie a eu une influence considérable sur l'architecture moderne aux États-Unis. D'un plan extrêmement simple, la maison est construite autour d'une structure centrale en brique qui contient la salle de bain et une cheminée. Ses murs extérieurs sont constitués de panneaux de verre. L'ameublement est minimal: une lit de repos et des fauteuils. Un seul tableau, de Nicolas Poussin, posé sur un chevalet. La Glass House est couplée à la Brick House. Construite en même temps, séparée d'elle par une pelouse, elle en est l'exact opposé: tout en brique, avec peu d'ouverture. Cette dichotomie entre ce qui est montré et ce qui est caché l'a faite qualifier de 'the gayest house in America' par le
Washington Post dans un article de juin.
La propriété que l'architecte a agrandie progressivement en rachetant des parcelles et sur laquelle il a construit plusieurs autres bâtiments, a été léguée en 1986 au National Trust for Historic Preservation. Johnson en avait gardé l'usufruit pour lui et son compagnon. Tous deux sont morts en 2005 à quelques mois d'intervalle. Depuis le mois de juin des visites en petits groupes sont possibles d'avril à octobre en réservant à l'avance. Je n'ai pas pu obtenir de place: c'est complet jusqu'à l'année prochaine! J'ai donc renoncé à vous en parler davantage. Au lieu de me rendre à New Canaan je me suis plongé dans la biographie de Johnson publiée en 1996 par Franz Schulze. J'en ai reçu un exemplaire impeccable en la commandant sur Abebooks.com. Le personnage n'est guère sympathique au premier regard. Autoritaire, sympathisant nazi en son temps, avant de s'en repentir, portant d'épaisses lunettes rondes un peu ridicules. Mais j'ai envie d'en savoir plus. Je vous en reparle.

Dans la section Immobilier du
New York Times de ce dimanche le titre d'un article retient mon attention: "Do Ask, Do Tell". C'est le portrait de David Mixner, un activiste GLBT, au travers de la maison qu'il a achetée l'automne dernier en pleine campagne new-yorkaise: il y a en quelque sorte pris sa retraite. Ses amis et la plupart des gens de sa génération qu'il connaissait sont morts du sida. Sa vie à Manhattan n'avait plus de sens. Il est gros, a du mal à se déplacer. Sa principale activité est la publication d'un blog dans lequel il écrit tous les jours. Le 13 juillet: "Andrew Goldstein, a star Lacrosse player for Darmouth University, has an inspirational coming out story." Suit une vidéo de YouTube. Plus les homosexuels décident de vivre ouvertement, plus les chances sont grandes pour que tout un chacun connaisse personnellement un gay qu'il apprécie ou estime dans son entourage. Cercle vertueux banalisant l'homosexualité dans la population générale, au moins dans la partie des États-Unis où je vis.