mardi 1 mai 2007

Business as Usual

Dimanche 29 avril 2007

Un éditorial du
New York Times prend fermement position en faveur du mariage gay. D'après le journal, le gouverneur de l'état de New York, Eliot Spitzer, présentera prochainement une loi reconnaissant le mariage entre individus de même sexe, comme il s'y était engagé pendant la campagne électoral, l'automne dernier.

Un des derniers numéros du
New Yorker consacre un article à Carlos Picon, le responsable du département Antiquités au Metropolitan Museum of Art, à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle galerie Leon Levy et Shelby White.
Au moment où Picon, natif de Porto Rico, aujourd’hui agé de 52 ans, était recruté par le Met en 1989, il fut alerté par le responsable du département d’Antiquités de Sotheby’s : une sculpture intrigante était mise sur le marché. Haute de plus de 2 mètres, elle représentait un personnage d’allure féminine mais musclé, au visage étonnant, sans nez, aux côtés d’une femme plus petite. Elle était mise en vente par une famille de Palm Beach qui la conservait à côté de leur piscine, sous un auvent, et pensait qu’il s’agissait d’Artémis, la déesse de la chasse. Picon l’identifia immédiatement comme le Dionysos de Hope, perdu depuis 1917. C’est l’une des pièces maîtresses de la nouvelle galerie Leon Levy et Shelby White.
Si vous allez visiter la nouvelle galerie, qui occupe un magnifique patio intérieur rénové, il faut en profiter pour aller voir le cratère d’Euphronios, l’une de plus précieuses pièces du musée : un vase représentant la mort de Sarpédon peint par l’artiste grec Euphronios. Thomas Hoving, l’ancien directeur du Met, l’a qualifié de « l’œuvre d’art la plus parfaite. C’est un objet délicieux. Léonard aurait adoré en être le propriétaire. » Il se trouve dans la section de galeries ouvertes il y a huit ans, et, à l’issue d’un accord avec l’Italie, doit être rendu à ce pays en 2008.
La rénovation a été réalisée grâce à un don de 20 million de dollars de Leon Levy, un ancien partner chez Oppenheimer & Company, la célèbre firme d’investissement, et sa femme Shelby White. Le couple commença à s’intéresser aux Antiquités dans les années 70. Leur appartement de Manhattan devint un véritable musée. Un bronze du 1er siècle avant J.C. représentant un homme athlétique, une fois et demie la taille réelle, trônait dans leur salon. Chez les Levy-White on l’appelait Harry. Ce surnom lui avait été attribué lorsque la sculpture était en prêt dans le musée de San Antonio, à cause de sa ressemblance avec un des jeunes donateurs du musée. Harry se dresse aujourd’hui à l’entrée de la nouvelle galerie.
Leon Levy est mort en 2003. Carlos Picon se souvient de la fascination de ce dernier pour les empereurs et les généraux de l’antiquité dont il lisait avidement les biographies. « C’était un grand distrait – il disait à son chauffeur, ‘George, c’est notre voiture ?’ et il lui arrivait d’oublier que Shelby était avec lui à un dîner en ville et de partir sans elle – mais il n’oubliait jamais le moindre détail d’un fait historique ou d’une œuvre d’art. »
Allez donc voir Harry, le cratère d’Euphronios et le Dionysos de Hope au Met.
Ah oui, j’allais oublier. A la fin de l’article, l’auteur décrit une visite qu’elle rendit à Picon dans son appartement de l’Upper East Side. En passant, naturellement, elle écrit : « The appartment is an expression of Picon’s taste, as well as that of his partner, Andrew Kepler, an architect. »

La couverture du livre avait attiré mon attention. Un homme dans une piscine: il s'appuie sur le bord à l'aide de ses bras croisés sur lesquels il enfuit le visage. La photographie en noir et blanc, prise de haut, met en relief ses épaules musculeuses et viriles.
Mais le nom inconnu de l'auteur, le titre
Call me by your name, et la nature de l'ouvrage, un roman, ne m'avaient pas poussé à aller plus loin.
Récemment, en faisant le tri de vieux journaux, je suis tombé sur une critique du
New York Times consacrée au livre, au titre évocateur: Soudain un été. « Ce roman est chaud. Un récit d’apprentissage, une histoire de coming-out, une méditation proustienne sur le temps et le désir, une lettre d'amour, une invocation et parfois une épitaphe, Call me by your name est aussi une question ouverte. C'est une livre exceptionnellement beau. » Evidemment cela donne envie d’aller voir de plus près.
André Aciman est professeur de littérature à l'Université de New York. Il a raconté son enfance et son adolescence au sein une famille juive, italienne et turque d'Alexandrie dans son livre de souvenirs:
Out of Egypt, A Memoir. Il est spécialiste de littérature française du XVIIème siècle et du roman moderne européen.
Call me by your name est son premier roman. C'est l'histoire d'un coup de foudre entre une adolescent de 17 ans et un jeune homme de 24 ans professeur à Columbia, venu passer l'été sur la Riviera italienne pour corriger un livre sur Héraclite. Le récit est chargé d'érotisme, un érotisme sous tension qui incite à tourner les pages comme dans un roman policier, où l'attente, pesante comme la chaleur d'un après-midi méridional, exacerbe la tension.