mardi 29 mai 2007

Fautes de goût ordinaires

Dimanche 20 mail 2007

Tandis que Nicolas Sarkosy, impatient de profiter pleinement de ses prérogatives, passe son premier week-end de président, au Fort de Brégançon, deux jours après sa prise de fonction et que
L’Express publie en couverture une photo du couple présidentiel sur laquelle Cécilia, en souriant, dévoile des dents tordues qui semblent se déchausser (j’ai failli dire à la dame à côté de moi qui, surprise, découvrait la couverture chez le marchand de journaux : décidément, ils ne l’ont pas ratée !), je me prépare à regagner le Connecticut.
Dans le même numéro de
L’Express je survole l’éditorial de Christophe Barbier. J’ai du mal à comprendre : critique-t-il le séjour à Malte, sur le yacht de Vincent Bolloré, de Nicolas Sarkosy, après que ce dernier ait laissé entendre qu’il voulait faire une « retraite » afin de mieux « habiter la fonction présidentielle » ? Si critique il y a, elle est ambiguë. Au minimum, il s’agit d’une faute de goût, conclut-il… Mais c’est surtout la photo qui retient mon attention : celle de l’éditorialiste, dans l’angle supérieur droit de la page, sous son nom, une sorte de photo d’identité. Il est vêtu de noir : chemise et veste, tandis que la cravate est violette. Après sa légendaire écharpe rouge, il continue à vouloir se donner un genre. Ou bien n’est-ce, également, qu’une faute de goût ?
Et que penser de Chirac, dont le gîte et le couvert ont été assurés par la République pendant trente ans, quittant l’Elysée mercredi après la passation des pouvoirs et emménageant dans un duplex du quai Voltaire mis à sa disposition par la famille de l’ancien premier ministre libanais assassiné, Rafic Hariri. Cette solution ‘provisoire’ assure l’Elysée, aurait été prise dans l’urgence, le temps de trouver une ‘installation définitive’. Dans l’urgence…
J’allais oublier. Le
JDD, la semaine dernière, a décidé de censurer un article révélant que Cécilia Sarkosy n’avait pas voté au second tour de l’élection présidentielle. Le journal appartient au groupe Hachette dirigé par Arnauld Lagardère, grand ami de Nicolas qu’il considère comme son frère.

Deux expos à mentionner pour finir sur une note plus gaie.
Atget, une rétrospective à la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, jusqu’au 1er juillet. C’est la première rétrospective consacrée à ce photographe en France, vingt-cinq ans après l’hommage du Moma à New York. Philippe de Champaigne, l’homme intérieur. Politique et dévotion au 17ème siècle, au Palais des Beaux-arts de Lille, jusqu’au 15 août. La plus importante rétrospective de cet artiste depuis cinquante ans. De magnifiques catalogues accompagnent ces deux expositions.

mardi 1 mai 2007

Business as Usual

Dimanche 29 avril 2007

Un éditorial du
New York Times prend fermement position en faveur du mariage gay. D'après le journal, le gouverneur de l'état de New York, Eliot Spitzer, présentera prochainement une loi reconnaissant le mariage entre individus de même sexe, comme il s'y était engagé pendant la campagne électoral, l'automne dernier.

Un des derniers numéros du
New Yorker consacre un article à Carlos Picon, le responsable du département Antiquités au Metropolitan Museum of Art, à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle galerie Leon Levy et Shelby White.
Au moment où Picon, natif de Porto Rico, aujourd’hui agé de 52 ans, était recruté par le Met en 1989, il fut alerté par le responsable du département d’Antiquités de Sotheby’s : une sculpture intrigante était mise sur le marché. Haute de plus de 2 mètres, elle représentait un personnage d’allure féminine mais musclé, au visage étonnant, sans nez, aux côtés d’une femme plus petite. Elle était mise en vente par une famille de Palm Beach qui la conservait à côté de leur piscine, sous un auvent, et pensait qu’il s’agissait d’Artémis, la déesse de la chasse. Picon l’identifia immédiatement comme le Dionysos de Hope, perdu depuis 1917. C’est l’une des pièces maîtresses de la nouvelle galerie Leon Levy et Shelby White.
Si vous allez visiter la nouvelle galerie, qui occupe un magnifique patio intérieur rénové, il faut en profiter pour aller voir le cratère d’Euphronios, l’une de plus précieuses pièces du musée : un vase représentant la mort de Sarpédon peint par l’artiste grec Euphronios. Thomas Hoving, l’ancien directeur du Met, l’a qualifié de « l’œuvre d’art la plus parfaite. C’est un objet délicieux. Léonard aurait adoré en être le propriétaire. » Il se trouve dans la section de galeries ouvertes il y a huit ans, et, à l’issue d’un accord avec l’Italie, doit être rendu à ce pays en 2008.
La rénovation a été réalisée grâce à un don de 20 million de dollars de Leon Levy, un ancien partner chez Oppenheimer & Company, la célèbre firme d’investissement, et sa femme Shelby White. Le couple commença à s’intéresser aux Antiquités dans les années 70. Leur appartement de Manhattan devint un véritable musée. Un bronze du 1er siècle avant J.C. représentant un homme athlétique, une fois et demie la taille réelle, trônait dans leur salon. Chez les Levy-White on l’appelait Harry. Ce surnom lui avait été attribué lorsque la sculpture était en prêt dans le musée de San Antonio, à cause de sa ressemblance avec un des jeunes donateurs du musée. Harry se dresse aujourd’hui à l’entrée de la nouvelle galerie.
Leon Levy est mort en 2003. Carlos Picon se souvient de la fascination de ce dernier pour les empereurs et les généraux de l’antiquité dont il lisait avidement les biographies. « C’était un grand distrait – il disait à son chauffeur, ‘George, c’est notre voiture ?’ et il lui arrivait d’oublier que Shelby était avec lui à un dîner en ville et de partir sans elle – mais il n’oubliait jamais le moindre détail d’un fait historique ou d’une œuvre d’art. »
Allez donc voir Harry, le cratère d’Euphronios et le Dionysos de Hope au Met.
Ah oui, j’allais oublier. A la fin de l’article, l’auteur décrit une visite qu’elle rendit à Picon dans son appartement de l’Upper East Side. En passant, naturellement, elle écrit : « The appartment is an expression of Picon’s taste, as well as that of his partner, Andrew Kepler, an architect. »

La couverture du livre avait attiré mon attention. Un homme dans une piscine: il s'appuie sur le bord à l'aide de ses bras croisés sur lesquels il enfuit le visage. La photographie en noir et blanc, prise de haut, met en relief ses épaules musculeuses et viriles.
Mais le nom inconnu de l'auteur, le titre
Call me by your name, et la nature de l'ouvrage, un roman, ne m'avaient pas poussé à aller plus loin.
Récemment, en faisant le tri de vieux journaux, je suis tombé sur une critique du
New York Times consacrée au livre, au titre évocateur: Soudain un été. « Ce roman est chaud. Un récit d’apprentissage, une histoire de coming-out, une méditation proustienne sur le temps et le désir, une lettre d'amour, une invocation et parfois une épitaphe, Call me by your name est aussi une question ouverte. C'est une livre exceptionnellement beau. » Evidemment cela donne envie d’aller voir de plus près.
André Aciman est professeur de littérature à l'Université de New York. Il a raconté son enfance et son adolescence au sein une famille juive, italienne et turque d'Alexandrie dans son livre de souvenirs:
Out of Egypt, A Memoir. Il est spécialiste de littérature française du XVIIème siècle et du roman moderne européen.
Call me by your name est son premier roman. C'est l'histoire d'un coup de foudre entre une adolescent de 17 ans et un jeune homme de 24 ans professeur à Columbia, venu passer l'été sur la Riviera italienne pour corriger un livre sur Héraclite. Le récit est chargé d'érotisme, un érotisme sous tension qui incite à tourner les pages comme dans un roman policier, où l'attente, pesante comme la chaleur d'un après-midi méridional, exacerbe la tension.