vendredi 22 septembre 2006

Les avantages de parler français

Dimanche 24 septembre 2006

Le
New York Times de mercredi annonçait le décès de David Lykken. Ce nom ne vous dit rien? David Lykken et un psychologue américain né en 1928 à Minneapolis. Il a fait toute sa carrière à l’Université du Minnesota. Il s’est éteint paisiblement, à 78 ans, pendant son sommeil, a affirmé son fils.
David Lykken est surtout connu pour ses études de jumeaux dans le Minnesota. Il a mis en évidence l’importance des gènes dans bon nombre de traits psychologiques jusqu’alors principalement attribués à l’environnement. En 1996 il publiait un important article démontrant que le bonheur est essentiellement déterminé par le patrimoine génétique. Il concluait : « Essayer d’être plus heureux n’est peut-être pas plus réaliste qu’essayer d’être plus grand », phrase qu’il devait regretter d’avoir écrite. Dans un article de Time magazine consacré à la Nouvelle Science du Bonheur paru en janvier 2005 il déclarait : « J’ai fait un commentaire stupide dans l’article original. Il est évident que le niveau de bonheur peut être significativement modifié, vers le haut ou vers le bas. » L’évolution de sa pensée correspond au développement aux États-Unis de la Psychologie positive dont je vous reparlerai.


L’ancien gouverneur du New Jersey, Jim McGreevey, est réapparu, après une éclipse médiatique de deux ans, à l’occasion de la parution de son autobiographie,
The Confession. Il faut dire qu’il a bien orchestré son ‘come-back’. La campagne promotionnelle a commencé par l’enregistrement, la semaine dernière à Chicago, d’une heure d’entretien avec Oprah Winfrey, célèbre critique littéraire américaine, hôtesse d’un populaire talk-show hebdomadaire. Les spectateurs qui ont assisté à l’enregistrement public ont dû signer un engagement de confidentialité afin de respecter un black-out complet jusqu’à la diffusion de l’émission mardi dernier. Cette dernière coïncidait avec la parution du livre. Il y a bien entendu eu des fuites qui ont alimenté la polémique.
En août 2004 Jim McGreevey, le gouverneur de l’un des deux états limitrophes de New York, apparaît à la télévision pour annoncer de façon spectaculaire « I am a gay American » et démissionner de toutes ses fonctions. Son épouse est à ses côtés, renvoyant une étonnante image de sérénité. Homme de droite, quadragénaire, ayant consacré toute sa vie à la politique, il ne rêvait que d’une seule chose, entendait-on dire : la Maison blanche. Des ragots circulent sur son homosexualité supposée. D’un premier mariage il a eu une fille, alors âgée de 12 ans. Sa seconde épouse a accouché il y a peu d’une autre petite fille. Il s’est publiquement exprimé contre le mariage homosexuel.
Dans les jours qui suivirent on apprendra qu’il avait fait nommer à un haut poste de son administration, sans qu’il ait les qualifications requises, un Israélien de 35 ans dont il était tombé amoureux. Ce dernier, démissionnaire, menaçait de tout mettre sur la place publique s’il n’obtenait pas une compensation financière. Les négociations ayant échoué, le gouverneur avait pris les devants et révélé l’affaire. D’Israël, où il s’était réfugié, Golan Cipel démentait, déclarait qu’il n’était pas homosexuel, que le gouverneur avait abusé de lui sexuellement et l’avait harcelé. Il n’y eu aucune suite judiciaire et après que Jim McGreevey eut quitté ses fonctions, on n’entendit plus parler de cette histoire. Jusqu’à la semaine dernière.
L’ancien gouverneur s’est séparé de sa seconde femme. Une procédure de divorce est engagée. L’ex première dame du New Jersey est encore en train de se reconstruire, affirme McGreevey. Ce dernier qui s’est remis à exercer la profession d’avocat a trouvé l’amour de sa vie en la personne d’un homme d’affaire australien fortuné. Ils se sont installés dans une maison coloniale classée de la petite ville de Plainfield dans le New Jersey. De nombreuses photographies publiées dans la presse les montrent ensemble, montrant parfois un geste d’affection.
La communauté homosexuelle est partagée. Golan Cipel a qualifié le livre de tissu de mensonge. Certains se sentent trahis, et accusent McGreevey d’avoir utilisé le prétexte de son homosexualité pour démissionner. Son mandat avait été marqué par plusieurs affaires de corruption.
Aujourd’hui Jim McGreevey semble parfaitement à l’aise dans sa nouvelle vie.


Dans le dernier
New Yorker, je vous recommande vivement le court texte de David Sedaris, In the Waiting Room. The advantages of speaking French. C’est à se tordre de rire.